EP.11 Hubert MICHAUDET de Urban Canopée – Végétaliser pour rafraîchir, s’engager pour agir

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Zoom sur Urban Canopée : le précurseur du mobilier urbain végétalisé.

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À Noisy-le-Grand, dans l’atelier de Urban Canopée, Hubert Michaudet nous en dit un peu plus sur cette nouvelle approche de la ville durable et de sa végétalisation. Comme d’habitude, parmi les questions posées, vous retrouvez : 

  1. Quelle est l’activité d’Urban Canopée ?
  2. Quelle est la culture interne de Urban Canopée ?
  3. Quel est le prochain défi de Urban Canopée ?
Et bien d’autres…Belle écoute !

Urban Canopée : l'histoire d'un business positif

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M.S : Bonjour Hubert !

H.M : Bonjour Melody !

Comment expliquez-vous vos trois localisations ?

H.M : Nous sommes une start-up issue des labos de l’École des Ponts, à Champs-sur-Marne, nous y avons été incubés avec le programme GreenTech verte du Ministère de la Transition écologique et solidaire. Par la suite, nous avons eu avec Ponts Alumni la possibilité d’avoir des bureaux à la Station F, c’est notre point de chute à Paris. Et enfin, pour produire, il nous fallait un atelier qui soit à proximité de l’École des Ponts. Pour ce faire, la mairie de Noisy-le-Grand nous a trouvé un très bon local pour nous aider à bien démarrer. Nous y sommes depuis un an et pour un an de plus.

Est-ce que vous pouvez m’en dire plus sur l’activité d’Urban Canopée ?

H.M : Urban Canopée est un concepteur de green infrastructure.

Il s’agit de créer une infrastructure verte avec l’objectif de rafraîchir la ville par le végétal.

Les problèmes climatiques et les épisodes de chaleur de plus en plus longs, nous incitent à nous préparer et à nous adapter aux conditions. Ainsi, nous proposons des solutions qui permettent de participer à cette adaptation par le végétal.

M.S : Est-ce que vous proposez des infrastructures sur les nouvelles constructions ou uniquement sur celles déjà existantes ?

H.M : Effectivement, nous ambitionnons d’utiliser les structures en matériaux composites qui ont été développés à l’École des Ponts sur 10 ans de recherche afin de recouvrir les bâtiments, les toitures et les façades. Concrètement, le bâtiment c’est compliqué, mais nous sommes des makers. Nous avons débuté avec le mobilier urbain végétalisé et nous travaillons maintenant l’équivalent sur les façades et les toitures.

Le premier mobilier urbain végétalisé que nous avons créé est ce qu’on appelle des “Canopées”. Ce sont des structures posées dans la ville qui font 1 mètre au sol, elles génèrent 50 m2 d’ombre naturelle avec de la végétalisation, en forme de cône ouvert, autonome et connecté.

M.S : En terme de cible, vous vous concentrez sur les collectivités ou plutôt sur les promoteurs ?

H.M : En terme de cible pour le “modèle L” qui est aménagé dans les espaces publics, ce sont les collectivités, mais également les entreprises, et les promoteurs qui font le plus souvent appel à nous, pour leur parc immobilier ou leurs futurs acquéreurs.

M.S : Comment est née Urban Canopée ? Et comment vous sentez la tendance du marché ?

H.M : L’histoire est tellement simple, avec une carrière dans la gestion immobilière et un parcours dans l’enseignement supérieur à l’École des Ponts, on m’a demandé de m’occuper du module “Gestion d’entreprise” pour les élèves ingénieurs. Au moment de la création de la société, j’y ai fait des rencontres dont Jean-François Caron (chercheur à l’École des Ponts). Il m’a parlé de ce projet. Sans aucune prétention, nous étions des précurseurs dans ce domaine.

Notre plus grande ambition est d’impacter la ville de demain.

Faire en sorte que nos travaux du labo soient sur le marché et conserver les jeunes ingénieurs français sur le territoire. Après dix ans de recherche et de travaux, la pratique de ces structures passait par la végétalisation de la ville. Très clairement, la demande s’est accélérée.

M.S : Comment vous démarrez tout ça ?

H.M : Quelques jours après notre discussion, j’ai l’occasion d’aller voir un grand promoteur immobilier. Son projet comporte de belles terrasses et une magnifique vue sur Paris, je lui propose d’enrichir tout ça. Une quinzaine de jours après, nous y retournons avec Jean-François, le promoteur ne nous cache pas son intérêt pour le concept. Le directeur de l’école nous soutient. Par ailleurs, notre participation à l’initiative de Ségolène Royal pour la GreenTech verte dont nous figurons parmi les lauréats, nous a valu 50 000 euros de subventions sous la condition d’avoir 50 000 euros de capital. Avec 1000 euros en poche pour créer la société, nous souhaitions relever le défi. Finalement, en tenant compte du marché, nous avons commencé par du mobilier urbain. Par la suite, j’ai fait la connaissance d’Elodie Grimoin, une jeune étudiante de ma promo en e-tech. Elle était très enthousiaste pour le projet et nous a rejoint à la fin de son stage vers fin 2017. Dans les faits, c’est parti de la love money avec d’autres acteurs qui croyaient au projet, nous avons pu réunir les 50 000 euros et créer la société. Nous avons commencé à nous développer en 2017-2018. Nous avons pris le temps de consolider nos bases. Elodie était concentrée sur tous les aspects pour avancer sur le projet et moi une journée par semaine. En 2018-2019, nous avons déployé nos ailes.

M.S : Comment avez-vous prospecté vos clients ?

H.M : Durant les deux premières années, nous n’avions rien à vendre. Nos participations à des salons, au milieu de start-ups avec la Station F, l’aide et le financement par la région Île de France pour la moitié d’un stand au CES Las Vegas, nous ont assuré un succès médiatique. Nous nous sommes faits connaître avec une maquette et des idées. Cela nous a rapprochés des collectivités et des entreprises intéressées par notre savoir-faire. Avec Elodie, nous avons investi environ 120 000 euros pour devenir majoritaire. Par la suite, nous avons fait une petite levée de fonds de 220 000 euros en juin 2019 auprès de business angels du réseau de l’École des Ponts, qui croyaient en notre projet, même sans produit.

Par conséquent, il nous fallait un atelier. Avec la mairie de Noisy-le-Grand, nous avons pu faire les premières canopées et depuis moins d’un an, nous en avons installé une trentaine. À partir de là, notre carnet de commandes s’allonge au fur et à mesure. Par la suite, nous avons créé une déclinaison de ce produit pour remplir les espaces privés et entrer sur le marché des toitures et des façades : c’est l’arrivée de la mini-canopée.
Actuellement, nous sommes une petite équipe de 12 personnes avec 1 ou 2 stagiaires.

M.S : En pleine préparation d’une levée de fonds, à quoi va-t-elle servir ?

H.M : Une forte demande en constante progression requiert des moyens pour fonctionner vite, avancer sur le commercial, la R&D et l’industrialisation, d’où la nécessité de cette levée de fonds, soit une somme de 1,5 millions d’euros.
Grâce au soutien de la région Île de France, nous avons été lauréat du projet TIGA. Actuellement, nous sommes sur plusieurs partenariats, mais nous pouvons également compter sur l’aide de l’Etat.

Quelle est la culture interne d’Urban canopée?

M.S : Y-a-t-il des valeurs que vous partagez au sein de l’équipe ?

H.M : Il est important pour Elodie et moi de partager nos valeurs, vu le marché du travail actuel et notre désir d’embaucher des jeunes ingénieurs. Nos valeurs résident :

  • dans la végétalisation pour lutter contre les effets du changement climatique,
  • dans la volonté d’avoir de l’impact,
  • et d’être dans l’action.

À cet effet, nous avons été labellisés BCorp et Solar Impulse. Je partage entièrement les valeurs de Bertrand Piccard sur le fait d’avoir un impact, mais également d’être économiquement viable.

M.S: Comment envisagez-vous la croissance de votre activité et comment mesurez-vous votre impact ?

À regarder aussi la participation de Bertrand Piccard sur une conférence en ligne du mouvement Take for good, sur le thème “Hyper-croissance et impact, est-ce que c’est compatible ?”

H.M : Je pense que c’est conciliable, et il faut faire en sorte que ça le soit et avancer. C’est pour cela que nous avons besoin de nous développer financièrement. Nous sommes sur un modèle d’industrialisation locale qui produit 60 à 75 % de la valeur ajoutée sur place, pour éviter l’émission de carbone ou autres.

Bien évidemment, tout cela a un coût que les produits fabriqués au Maroc ou en Chine n’ont pas. Mais il est important de convaincre les investisseurs et de garder ce modèle qui va fonctionner à court et moyen terme.

M.S : Quels sont les obstacles ou les ratages que vous avez rencontrés ?

H.M : Nous avons beaucoup investi en temps et en travail. Bien entendu, nous avons eu des difficultés. Sur nos deux brevets, celui que nous avons en partenariat avec Araymond et qui porte sur notre système de connexion à notre structure nous a posé des problèmes, car il était défectueux. Cela a décalé nos ventes de 3 mois. Par conséquent, des problèmes financiers, commerciaux et RH se sont manifestés, mais grâce à la confiance de nos actionnaires, nous sommes encore là. C’est important d’être totalement clair sur les problèmes et de les résoudre.

M.S : Les réussites ou événements qui ont marqué la vie de l’entreprise ? Étant Lauréat du Challenge construction Tech en 2019…

H.M : Effectivement, il y en a eu deux.
La première c’est avec Elodie, car nous avons gagné le C40 Women4climate avec la solution de canopée, nous avons pu en mettre cinq sur le parvis de la BnF. Cette participation nous a valu également d’aller à Copenhague pour présenter notre solution devant les 100 délégations de maires des plus grandes villes qui se lancent dans la résilience. Par la suite, ils nous ont approchés en nous encourageant à développer le concept modulaire, très léger, très rapide à mettre en œuvre et sans concurrent. C’est différent des autres green infrastructures.

La deuxième, en Île de France, grâce à un prix que nous avons gagnés au TP’up et qui nous a permis de financer à hauteur de 50 % notre présence à un salon à l’export. Nous sommes donc allé à Dubaï au salon du “The Big five show” où nous avons gagné un prix, mais aussi une première commande à l’export pour 10 canopées d’une valeur totale de 120 000 euros.

M.S : Quelle est votre ambition ?

H.S : Bien clairement, l’ambition c’est de travailler à l’international, mais il faut commencer par nos bases en France. Nous avons testé le marché à Dubaï qui est plutôt réactif, que nous étudions encore avec nos actionnaires, mais aujourd’hui, c’est la France que l’on développe. Actuellement, nous avons une trentaine de clients et la liste grandit. Nous avons eu une autre commande par e-mail pour une vingtaine de canopées au Maroc.

M.S : Comment vous faites pour vous faire connaître ?

H.M : Aujourd’hui, Elodie prend en charge tout le côté marketing et représente entièrement la société et le projet. Nous commençons à être connus, nous participons à différents salons (VivaTech, Biomim Expo) et à des conférences comme le salon Batimat.

Nous figurons également dans des ouvrages comme dans le livre Les villes makers : les 10 solutions 2020 qui vont changer la ville.

Actuellement, nous n’avons pas les moyens, ni le temps d’entretenir des réseaux sociaux, nous nous débrouillons avec ce que nous avons, à travers votre podcast également.

Sans conteste, les grands magazines ne manquent pas de nous contacter pour des contenus sponsorisés, mais nous nous y refusons complètement ; nous privilégions un petit article sincère.

Quel est le prochain défi d’Urban Canopée?

H.M : Après la levée de fonds, nous chercherons des locaux plus grands pour y rester 4 à 5 ans et après bâtir. Le prochain défi sera le nouveau produit “Mini Canopée” pour les espaces privés (18 m2 de végétalisation, 60 cm de diamètre, 2m80 de haut) avec un système connecté et d’irrigation passive que nous lancerons au CES Las Vegas en janvier 2021.

Nous comptons sur ce marché gigantesque pour nous permettre de générer suffisamment de cashflow afin de rester financièrement autonomes, développer notre R&D et un logiciel pour les toitures et les façades.

Les espaces privés sont situés à l’intérieur des entreprises ou chez un particulier. Pour garantir un produit fini, nous sommes encore en phase de test pour quelques mois.

Un conseil pour ceux qui se lancent dans le business positif

Hubert Michaudet et Elodie Grimoin Urban Canopee

Il faut rester lucide, en parler, se faire conseiller et ne pas hésiter à pivoter si besoin à tous les niveaux. Il faut être pragmatique, donner du sens à vos projets et y croire.

Un autre acteur à conseiller : Bertrand Piccard Solar Impulse

Merci pour le partage !

Melody Schmaus, agence CAUSE
Stratégie digitale et Communication RSE pour un impact positif

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