EP.14 Ferdinand RICHTER d’Ecosia – Plantez des arbres en surfant sur le web

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Un moteur de recherche qui plante des arbres

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En visioconférence avec Ferdinand Richter, il nous partage et nous fait découvrir l’aventure Ecosia. Le Responsable France du moteur de recherche solidaire nous retrace son parcours rempli de témoignages, à travers ces trois questions principales auxquelles il a bien voulu répondre :

  1. Qu’est-ce qu’ Ecosia et comment as-tu rejoint l’aventure pour piloter la France ?
  2. Quel est ton parcours ?
  3. Quelle est votre stratégie ?

M.S : Bonjour Ferdinand !

F.R : Bonjour Melody !

Étant une entreprise allemande, comment tu as rejoint l’aventure Ecosia pour piloter la France ?

F.R : Alors, le cheminement pour découvrir Ecosia a été long. D’ailleurs, je n’étais même pas au courant de son existence, il y a 5 ou 6 ans. Ancien sportif de haut niveau, j’étais à l’époque coach de dirigeants de grands groupes. J’étais dans une démarche où je voulais me sortir tant bien que mal de ce système de performance et d’exploitation du vivant qui ne me parlait plus. J’ai cherché pendant 4 ans des alternatives, j’étais parti en quête de moi-même, en quête de sens. Finalement, j’ai arrêté de chercher et j’ai commencé à être maraîcher dans le Gers en permaculture pendant 1 an.

Puis un jour, je suis tombé sur Ecosia que j’ai trouvé extraordinaire puisque c’est la première entreprise qui applique à la lettre un des principes de la permaculture qui est le partage de l’abondance.

Cela veut dire qu’Ecosia génère de l’argent grâce aux annonces publicitaires, et qu’au lieu de reverser les bénéfices à des investisseurs privés, Ecosia les reverse à des partenaires qui régénèrent l’écosystème, notamment en plantant des arbres.

Pour moi c’était exceptionnel de constater que les dirigeants d’Ecosia en Allemagne n’avaient pas fait le rapprochement avec le concept de la permaculture. Ils avaient envie de développer leur projet dans d’autres pays, alors j’ai envoyé ma candidature. Au bout d’une semaine, j’avais signé et je me suis retrouvé à Berlin pour rencontrer l’équipe dans la fluidité et la simplicité. Depuis, je développe ce concept ici en France. Forcément, nous sommes encore confrontés à un monde qui ne comprend pas que l’on puisse donner 50 % des bénéfices à des gens qui en ont besoin. Bref, c’est une aventure incroyable puisque cela m’a permis de rencontrer beaucoup de gens qui ont envie d’autres choses.

M.S : Est ce que tu as démarré seul pour développer tout ça en France ?

F.R : Effectivement, et comme toutes les petites entreprises, en mode “ils veulent, mais ils ne savent pas pourquoi, et sans aucune stratégie”.

Je ne te cache pas que les premières semaines et les premiers mois étaient un vrai challenge parce que je démarrais de zéro.

Et puis, je me suis dis que si je revenais dans le milieu entrepreneurial, que je lâchais mon jardin en permaculture, ce serait à la seule condition d’appliquer les principes de la permaculture en entreprise. Certes, je ne pourrais pas le faire dans toute l’entreprise puisqu’il y a Ecosia à Berlin d’un côté et Ecosia en France de l’autre, mais au moins essayer de les appliquer dans mon quotidien. Cela implique que j’accepte et que j’intègre “les rythmes naturels” (l’hiver et l’été) dans mon quotidien, donc de récolter en été, mais aussi d’accepter en hiver des moments plus tranquilles pour faire de la gestion interne, trier les choses et faire confiance à son cerveau. Concrètement, pour poursuivre le parallèle entre la permaculture et le monde de l’entreprise, je me suis aperçu que la France est un magnifique jardin et malgré la monoculture, je suis parti à la recherche des variétés de coquelicots qui poussent partout. J’essaie de me connecter à eux et de renforcer le réseau de ces coquelicots avec le soutien d’Ecosia, pour simplement les faire pousser à travers autre chose que la monoculture de blé. C’est comme cela que l’aventure a démarré.

Ce n’est pas facile parce que tu n’as pas tes KPI, les objectifs ne sont pas très clairs et très précis. Il n’existe qu’un fil rouge qui va de rencontre en rencontre et qui te mène quelque part. Même pour le fondateur d’Ecosia, ce n’était pas facile puisqu’il vient d’un milieu entrepreneurial, mais vu qu’il n’avait pas d’idée pour la France, il m’a dit de faire à ma sauce. Ce qui est incroyable c’est que tu es amené à faire des rencontres insoupçonnables, mais à chaque rencontre tu sens que c’est juste. Ensuite, il faut arrêter de contrôler les choses, lâcher prise et laisser pousser.

Je sens qu’Ecosia a envie de pousser et la seule chose qui me reste à faire c’est d’enlever les barrières.

M.S : Comment tu arrives à allier cet état d’esprit et la partie chiffrée ?

F.R : En fait, c’est aussi valable pour un projet en permaculture, même si tu fais confiance ou que tu lâches prise, il y a une pensée très terre à terre, très réaliste sur le système monétaire qui fait partie du jeu. Tant que la société ne tend pas vers autre chose que cette partie chiffrée, je pense que cet état d’esprit restera une conséquence plutôt qu’un objectif. Prenons l’exemple du pommier qui sait produire des pommes. Tant qu’on lui offrira un bon écosystème, il donnera encore plus de pommes. Mais quand l’écosystème change et qu’il y a par exemple moins de pommes et plus de poires, il faut savoir être reconnaissant de cette récolte. Cela implique également d’avoir un bon réseau et de pouvoir compter sur de l’entraide. C’est ce qui m’est arrivé cette année avec mes plants de tomates qui ont fanés. Grâce au lien créé avec mon voisin, j’ai échangé mes pâtissons avec ses tomates.

Clairement aujourd’hui, en appliquant ce système-là, c’est une vraie prise de risque.

Au départ, je ne pouvais pas prouver que cela allait marcher et c’est difficile de le faire avec ce type d’entreprenariat, puisqu’il faut d’abord tester à petite échelle. C’est aussi un principe de la permaculture : tout planifier à l’avance, mais commencer par une seule plante pour expérimenter l’écosystème avant d’investir.

J’ai ensuite beaucoup travaillé avec des influenceurs sur les réseaux sociaux qui le font gratuitement puisqu’ils s’y retrouvent autrement que financièrement, et cela me semblait plus intéressant que d’investir dans des médias traditionnels comme la TV, radio ou presse. En bref, il y a plein de choses à faire.

M.S : Comment tu as évalué l’impact de ce que tu faisais sur ces influenceurs pour marquer le développement d’Ecosia?

F.R : Clairement, un produit comme Ecosia c’est comme dans toutes entreprises : avec des chiffres de vente. Le fait que nous respectons la vie privée des gens a attiré beaucoup de personnes sur Ecosia, ce qui a contribué à augmenter le nombre de recherches. Pourquoi j’ai continué sur cette voie ? Tout simplement parce que nous avons observé que la France a dépassé l’Allemagne en termes d’utilisateurs, alors qu’on partait de zéro ici.

Nous sommes passés de 300 000 utilisateurs à 4 millions d’utilisateurs en l’espace de 4 ans.

M.S : Avec ce genre d’opération d’influence qui a été mise en place, est-ce que tu t’es entouré d’une équipe ?

F.R : L’équipe en France est très récente. Nous venons de recruter une personne en tant que salarié à Ecosia, pour renforcer l’équipe, nous sommes 2 personnes en tout. Pour augmenter la visibilité d’Ecosia, nous avons une équipe qui produit du contenu, de ce fait nous sommes très présents sur les réseaux sociaux. Cette équipe produit également du contenu traduit pour Ecosia Berlin.

Pour moi, il y a une autre façon de voir cette notion d’équipe. L’équipe ne se résume pas seulement aux personnes qui travaillent pour Ecosia, il y a aussi les personnes avec lesquelles j’ai envie de construire quelque chose.

D’ailleurs, je préfère parler d’écosystème que d’équipe.

Je suis à la recherche d’une dynamique où Ecosia gagnerait en autonomie et sérénité. Avant de recruter quelqu’un, je cherche à savoir si “recruter” est véritablement la solution. Je cherche à savoir si cette personne cherche à monter un projet, une association ou une entreprise, et par conséquent je peux lui apporter l’aide dont elle aura besoin pour réaliser son projet avant de collaborer avec elle.

L’idée, c’est d’avoir “un magnifique poirier” qui va pousser, et qui va être connecté à Ecosia sous terre (avec les racines), mais qui n’aura pas forcément le logo Ecosia sur la tête.

C’est important pour moi, car, et je reviens sur cette notion de permaculture : finalement, le risque est qu’on brainwashe nos collaborateurs et qu’on se dirige vers une sorte de monoculture, sans s’en rendre compte.

M.S : Tout ce que tu dis fait beaucoup le lien avec la notion de propriété : propriétaire de son terrain et de ses fruits, l’investisseur qui est propriétaire de son entreprise d’une part et propriétaire du salarié de l’autre. Cela rejoint aussi cette notion de liberté dont tu parlais avant.

F.R : C’est tout à fait cela ! Et c’est une des raisons pour lesquelles Ecosia n’est pas propriétaire des terres où nous faisons de la reforestation. Cependant, nous donnons de l’argent à des acteurs, des agriculteurs pour qu’ils puissent régénérer leurs terres et qu’ils soient plus autonomes qu’avant. Dans le cas contraire, tu tombes vraiment dans un travers. Les entreprises européennes qui achètent des terres sur le continent africain vont finir par déposséder les locaux de leurs richesses sous couvert de les aider. Je trouve cela horrible !

Quand tu soutiens une personne, tu acceptes qu’elle soit libre de ces choix qui seront différents des tiens à un moment donné, mais c’est cela qui est beau. Je trouve qu’il y a quelque chose à construire sur cela.

Le risque pour les entreprises qui achètent ou qui veulent toujours porter les mêmes valeurs équivaut à celui d’une monoculture.

C’est concrètement très difficile et contradictoire avec 100 % des formations en management que nous avons actuellement. Elles nous disent de porter les mêmes valeurs. À supposer que nous le faisons tous, à la fin nous allons tous penser pareil. C’est ce qui se passe dans les grandes boîtes, puisque la créativité se meurt, et finalement chacun aura le sentiment de ne plus être lui-même. Si nous essayons toujours de nous adapter à ce que l’on attend de nous, au final, l’entreprise se tue elle-même, sans le remarquer.

M.S : Peux-tu nous parler de ton parcours avant la permaculture qui est lié à cet aspect de coaching ?

F.R :Ce genre de question me plaît parce que je remonte dans le temps. On peut aller très loin pour comprendre d’où ça vient. Je pourrais même parler de “vie antérieure” parce que ces dernières années je me suis ouvert à plusieurs choses. Par rapport au coaching, très jeune, il y a eu 2 expériences marquantes dans ma vie:

    • Mon rêve de jouer au stade Toulousain qui est le meilleur club de rugby du monde.

J’ai d’ailleurs été un joueur de rugby en Allemagne très loin de mon milieu professionnel actuel. Je me suis alors dit “crois en tes rêves” à la suite de quoi j’ai intégré l’équipe espoir Toulousain, dont j’ai porté le maillot avec beaucoup de fierté. Tout cela m’a prouvé que même si je ne suis pas le meilleur joueur, avec les meilleures prédispositions pour intégrer ce genre d’équipe, si j’y crois et que je me donne les moyens, j’y arriverai.

    • La puissance de l’équipe :

J’avais un autre rêve qui était de devenir champion dans le Nord de l’Allemagne avec une équipe de jeunes. Je me sentais un peu seul parce qu’il n’y avait pas d’équipe de moins de 19 ans à l’époque dans le club où j’étais. Je me suis dit, c’est pas grave, dans ce cas je vais monter une équipe. J’avais 6 mois pour le faire et gagner la compétition. Du coup, j’avais demandé à tous mes amis (qui n’y croyaient pas trop) de me rejoindre. Après coup, ils se sont laissés embarquer.

J’ai donc élaboré tous les entraînements autour d’une notion forte qui est :

Quoi qu’il se passe sur le terrain, une fois le ballon en main, ne jamais laisser son porteur seul.

Cette notion de solidarité est très forte.

Nous avons gagné le championnat avec ⅔ des joueurs qui n’ont jamais touché un ballon de rugby 6 mois auparavant. Malgré le fait que ce ne soit pas une équipe de haut niveau, cela m’a permis de voir à quel point tout est possible avec de la confiance et la foi dans la capacité des gens. Pour mieux appréhender tout ça, j’ai fait des études en psychologie sociale, puis une formation en coaching pour mieux comprendre ce qui se passe réellement autour de la notion d’esprit d’équipe. Beaucoup parlent d’esprit d’équipe, mais ne connaissent pas réellement ce que cela veut dire. Cependant, j’ai remarqué qu’il y a des choses extrêmement passionnantes liées à cette notion, notamment la spiritualité et le chamanisme, qui m’ont vraiment changé la vie. C’est donc comme cela que j’ai commencé à accompagner des dirigeants, des leaders de grands groupes industriels. Un accompagnement souvent lié au fait de vouloir :

  • se reconnecter avec soi-même
  • arrêter de se juger
  • pleurer ou rire si l’envie vous prend
  • accepter toute la complexité que l’on a en soi
  • laisser mourir certaines parties de soi que l’on ne voulait pas être
  • et d’accueillir la magie de la vie qui peut faire pousser des choses en soi et nous surprendre

Il y a eu un moment où j’ai arrêté cet accompagnement parce que j’ai moi-même beaucoup souffert de l’environnement des grands groupes, du fait que l’on nous demandait d’être nous-mêmes pour au final finir au fond d’un placard ou être amenés à quitter l’entreprise.

Actuellement, j’accompagne toujours des leaders et des dirigeants qui veulent sortir de ce système, qui doutent et qui ont encore du mal à faire confiance. J’accompagne ces personnes à se faire confiance et à trouver la vérité qui se trouve en elles-mêmes.

Souvent, nous avons juste besoin d’une personne, tel un permaculteur qui n’arrache pas directement les plants, mais qui prend le temps de voir ce qu’ils pourraient donner, de faire confiance à la terre comme à son corps.

Il y a une intelligence dans tout cela, qui est de simplement laisser pousser les mauvaises herbes pour voir ce qu’il y a de mieux à faire dans le but de régénérer l’écosystème et de voir la forme que l’on voudrait lui donner. À un moment donné, on pourra voir si cela va donner un pommier ou un poirier. J’ai voulu ensuite structurer ce concept en entreprise. Par exemple : je veux vendre du jus de pomme étant donné que ça pousse naturellement sur mon terrain. C’est une très bonne idée, car en produisant le moindre effort, je me construis une identité qui n’a juste qu’à fleurir en moi.

Comme les pissenlits qui parviennent à pousser miraculeusement malgré les routes bétonnées dans le Gers.

La vie trouve toujours son chemin. C’est pareil avec les êtres humains.

Il arrive que nous soyons exploités, vidés et étouffés dans certaines organisations et le temps que la vie retrouve un peu de biodiversité, cela prend un peu de temps. Prenons le passage au bio qui peut prendre 5 ou 6 ans pour pouvoir dégager un vrai bénéfice puisque quand tu coupes, cela prend du temps à repousser. En parallèle avec les accompagnements que j’ai fait, j’ai pu constater que c’est important de :

  • faire un deuil de l’ancien soi (chez moi, ça a pris 4 à 5 ans),
  • sortir d’une notion de performance pour entrer dans une notion d’abondance.

Aujourd’hui, je ne parle plus de performance, car c’est trop lié à des objectifs à atteindre. Je préfère parler d’abondance qui pour moi est de prendre soin de soi, de son écosystème et de faire confiance à notre production pour nous nourrir et nourrir les autres.

Et cela fait une vraie différence de fond parce que durant cette transition nous passons souvent par des phases de dépression, où il faut savoir lâcher prise. En fait, c’est comme lorsque l’on ne met que du soleil sur une terre pour la faire pousser, à un moment donné elle aura besoin de pluie. Pour ma part, il y a des moments où je retourne un peu vers cette notion de performance. Néanmoins, c’est une detox à faire pour pouvoir faire le tri entre “le moi et l’autre”. C’est ce que j’ai fait non seulement pour moi, mais aussi pour les autres, afin d’être reconnu ou aimé à ma juste valeur. Se sortir de là prend un peu de temps et clairement, j’invite à être accompagné pour ne pas se sentir seul. Pour ma part, heureusement que j’avais ma compagne qui a été très présente pour moi durant les semaines difficiles parce que je ne savais pas qui j’allais être une fois que je ne serais plus un sportif de haut niveau.

Je pense que ce dont nous avons besoin actuellement, c’est d’une vie en collectivité. Plus nous serons au contact des personnes qui ont vécu et qui parlent de cette transition, plus nous serons confortés dans nos convictions, et plus de belles choses en ressortiront.

Il s’agit de pouvoir dire aux personnes qui doutent que ce n’est pas une finalité de perdre certaines choses, parce qu’on va en gagner d’autres en lien avec sa recherche intérieure, et ces choses là n’ont pas de prix.

M.S : Je m’y retrouve complètement dans ton récit qui est très riche.

moteur de recherche solidaire

M.S : Pour revenir à Ecosia France et son développement, quelle est la stratégie qui a tout changé ?

F.R : Encore une fois, c’est très en lien avec tout ce qu’on vient de dire. Je n’aurais pas pu prédire il y a 6 mois de cela que nous irions faire un voyage en Tanzanie. Cependant, c’est bien ce qui s’est passé, car en travaillant avec les youtubeurs et les instagrameurs, j’ai découvert qu’ils voulaient du concret, découvrir les lieux où nous plantons des arbres. Dans cette belle dynamique collective, je me suis donc dis 2 choses :

  1. qu’il fallait le faire collectivement, car c’est cela qui me nourrit.
  2. qu’il ne fallait pas juste faire un voyage pour parler d’Ecosia, mais aussi considérer les personnes qui nous accompagnent en laissant un peu leur casquette d’influenceur de côté, pour parvenir à parler à l’humain qu’il y a en eux.

Bref, voir tout cela comme une aventure humaine avant tout. J’ai vraiment confiance dans les rencontres qui doivent se faire et qui ont lieu à travers des formes variées. Pour le coup, j’ai vraiment organisé ce voyage comme un voyage initiatique. L’idée, c’était de proposer ce voyage à un groupe de personnes qui étaient :

  • plus ou moins conscientes de ce qui se passe, notamment sur le continent africain
  • habituées à être dans leur bulle et qui n’avaient pas l’habitude de faire des choses collectivement

De là, l’équipe s’est constituée sans aucune appréhension. De ce fait, c’était un peu stressant puisque c’était un gros budget pour Ecosia de partir avec 10 jeunes personnes sur le continent africain, mais c’était le challenge et je me suis fait confiance.

Il est vrai que je me suis senti un peu seul dans la prise de responsabilité pour y aller. Néanmoins, ce qui était magique pendant ce voyage, c’est que d’un côté, nous avons vu les projets d’Ecosia (qui étaient splendides) et de l’autre côté, j’ai demandé aux influenceurs ce qu’ils voulaient vivre, ou découvrir. Certains voulaient absolument voir un cratère et un lac salé qui étaient très loin de nos projets. C’était un rêve qu’ils avaient, alors nous l’avons intégré à ce voyage. Nous voulions construire quelque chose sur-mesure pour eux et c’était incroyable !

Nous avons eu plein de moments imprévisibles qui ont rendu ce voyage extraordinaire. Pour donner un exemple, lorsque nous étions près du lac salé, c’était le jour de la finale de la coupe du monde de football, qui fut gagnée par la France. Dans le groupe, 3 personnes voulaient absolument voir ce match. Je leur ai fait comprendre que nous étions au fin fond de l’Afrique, sans habitations aux alentours et qu’il vaudrait mieux profiter du voyage. Mais, j’ai lâché prise étant donné que nous étions dans un petit village où il y avait une petite Télé qui retransmettait le match, que nous avons finalement pu apprécier avec tous les locaux ! C’était une fête incroyable. Cela marquera à jamais la vie de chacun d’entre nous parce que nous nous sommes retrouvés à embrasser des personnes que nous ne connaissions pas. Et tout cela, nous ne l’aurions jamais vécu si j’étais resté uniquement sur le projet de reforestation avec un programme très structuré.

D’ailleurs, un influenceur a souvent besoin d’un script, mais je leur ai dit “dans un premier temps, ne filmez pas, profitez simplement du voyage, vivez le pour ne pas passer à côté de quelque chose, et une fois que vous aurez appréciés vous pouvez filmer”. J’ai également renforcé tout cela par des prises de paroles où j’ai pris le rôle de coach, pour que chacun puisse partager ce qu’il a vécu avec le groupe, et ce qu’il ressentait par rapport aux autres.

De ce fait, nous avons pu construire une dynamique d’équipe incroyable qui s’est fait sentir dans les vidéos qu’ils ont diffusées par la suite.

De plus, ils sont devenus des amis que je vois régulièrement. En bref, tout cela pour dire que quand une marque ou une entreprise fait du marketing, il faut voir au-delà de l’entreprise, de l’entrepreneur, ou du responsable RSE. Avant tout, nous sommes des êtres humains vivant une aventure extraordinaire sur cette planète. Nous pouvons tous nous permettre de partager cette partie de nous avec les personnes qui travaillent avec nous. Nous n’avons pas toujours besoin d’être le chef.

Je sais que les rôles nous protègent, mais quand nous laissons apparaître notre vulnérabilité, il y a toujours quelque chose de magnifique qui en ressort. Aujourd’hui, grâce à ce message que j’ai voulu partagé avec l’équipe, chacun en est ressorti nourri. Je fais également des projets d’entreprenariat en communication qui nourrissent “ce qu’on est”, “nos âmes” plus que notre égo. Si chaque entreprise adoptait cette vision des choses alors nous n’aurions jamais peur de croître, car on est dans quelque chose de juste.

M.S : Je te rejoins complétement parce que durant le salon Produrable (édition 2020), un des enjeux de cette année était l’engagement des collaborateurs. Tu l’as bien souligné en faisant référence au fait qu’une fois en entreprise, c’est contraignant puisqu’il faut correspondre à ce que l’on attend de nous sans pouvoir être nous-même, vivre des expériences.

F.R : Je reconnais entièrement la chance que j’ai car il y a beaucoup de personnes qui ont des métiers qui ne sont pas forcément gratifiants, où c’est dur d’entendre ce genre de discours.

En tout cas, dans notre société actuelle, je sens que tout va dans ce sens. On est invités à un retour vers soi et à se demander ce qui est important pour nous.

Pour l’instant, je crois que ce qui est difficile, c’est que la société n’a pas encore vraiment compris que c’est en train de se passer. Nous avons encore peur de mettre en place ce qu’il faudrait pour vraiment faire les choses. Par exemple, la mise en place d’un revenu universel pour ne plus travailler intensément et avoir du temps pour s’occuper des enfants. Bref, actuellement, je pense que nous avons le luxe d’envisager une société où le travail est plus une réalisation de soi que juste un moyen financier. Nous sommes encore loin de cela et nous ne pouvons pas ignorer la souffrance de certaines personnes qui ne peuvent pas se permettre ce genre de réflexion. Par contre, ceux qui peuvent le faire ont une forme de devoir d’envisager une société où le travail ne fait plus souffrir.

C’est vraiment un travail qu’il faudrait que l’on considère sérieusement parce que je crois qu’aujourd’hui on a les moyens de le faire.

M.S : Est-ce qu’il y a eu des échecs, des obstacles qui ont marqué Ecosia ?

F.R : Des échecs je ne sais pas, mais des choses qui ont causées des confrontations, certainement. Particulièrement, avec le fondateur, qui a eu clairement une gestion d’entreprise un peu plus traditionnelle, plus rationnelle, plus sur le côté chiffré, que moi. Forcément, il y a eu des mots, mais qui m’ont été utiles parce que pour moi le plus dur, c’est d’intégrer les opposés dans sa vie c’est-à-dire d’intégrer le bon et le mauvais côté de soi sans les nier. Face à chaque situation, je peux décider de celui que je veux être, d’utiliser la violence en moi d’une autre manière, ou d’utiliser mon énergie pour construire quelque chose.

Actuellement, je crois que le vrai challenge pour Ecosia, qui reste une grande question et dont je n’ai pas encore la réponse, c’est que quand une structure grandit (et c’est un peu le psychologue qui parle), on tend vers ce besoin de contrôler les choses, d’ajouter des processus, d’avoir peur de la complexité, de ne pas pouvoir gérer…. Du coup, il y a un risque pour les entreprises qui dépassent les 50 ou 60 salariés qui est de suivre le modèle dominant des grands groupes avec beaucoup trop de process pour au final, perdre la liberté. On devient fragile dans un monde qui n’est plus prédictible ce qui veut dire que plus il y a de process pour faire face à une crise, plus on se trouve en incapacité, moins agile pour affronter ce qui se présente. Et le juste-milieu, c’est comme un sportif, il faut s’entraîner au maximum pour pouvoir répondre à un maximum d’éventualités. La vraie force du sportif de haut niveau, c’est de maîtriser tout ce qui pourrait se passer en acceptant que cela ne puisse jamais se passer aussi. Appliquer ce concept en entreprise est un grand challenge.

M.S : Est ce que tu as un conseil pour les entrepreneurs de projets à impact ?

F.R : J’ai beaucoup de mal à répondre à ces questions parce que ça dépend de la personne en face de moi. C’est une chose que j’ai appris avec la permaculture. La seule chose que je puisse faire c’est de te donner un conseil à toi, vu ce que tu m’as raconté avant cette interview. Vu le projet que tu m’a présenté, honnêtement, je trouve que tu es déjà sur la bonne voie, mais peut-être que tu devrais continuer à croire en la personne que tu es. Continue dans cette direction et parles-en davantage parce que c’est un bon projet.

M.S : Une personne à recommander pour le prochain podcast

F.R : Alexandre Gérard : entreprise libéré

Merci beaucoup pour cet échange et un grand merci à Rémi de Ilek qui nous a mis en relation !

Melody Schmaus, agence CAUSE

Marketing digital et Communication RSE pour un impact positif

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