EP.20 : Najma SOUROQUE de We Love Green- Festival éco-responsable

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Quand la culture et la musique rythment les actions éco-responsables et engagées du festival We Love Green

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Nous sommes avec Najma Souroque pour nous parler de We Love Green, le festival éco-responsable. Avec un positionnement entre la culture et l’impact positif, elle nous fait découvrir cet univers à travers nos questions, entre autres :

  1. Comment est né le projet We Love Green et pourquoi ?
  2. Quelle est la vision de We Love Green ?
  3. Comment ce festival éco-responsable s’est développé ?

4. Comment gérez-vous la crise sanitaire qui touche la culture en plein coeur ? 

M.S : Bonjour Najma !

N.S : Bonjour Melody !

M.S : Pour raconter la genèse de We Love Green, comment est né ce projet et pourquoi ?

N.S : L’association We Love Green est née en 2008 et a été créée par Marie Sabot. Quant au projet, il a été décrit par des statuts de l’association qui défendaient déjà les valeurs environnementales et le rattachement du développement durable à la musique, mais aussi à la festivité. Marie a mis trois ans à pour faire éclore le projet. Elle a essayé de trouver des financements, d’affiner le modèle et l’ADN de ce qu’est We Love Green aujourd’hui. 

M.S : Est-ce que tu peux m’en dire un peu plus sur la première édition du festival We Love Green ?

N.S : La première édition a rassemblé 12 000 personnes. Elle s’est déroulée dans un parc botanique ; le Jardin de Bagatelle en plein Bois de Boulogne, avec un jardin sublime, doté d’une biodiversité assez remarquable. À l’époque, le festival de la Rose était juste après le festival We Love Green. Effectivement, ce lieu a beaucoup impacté le modèle de production de l’événement même s’il devait encore être ajusté afin d’avoir accès à l’eau et à l’énergie. Tant de choses qui se sont imposées en termes de production pour repenser le festival…

M.S : Est-ce que ce lieu était un choix de votre part ?

N.S : Au début,

il y avait l’intention d’être dans un cadre assez inédit : un festival pour réunir du public, avec une volonté de parler de développement durable.

C’était également un choix esthétique pour changer du cadre classique et bénéficier de cette biodiversité autour. Après, ce n’était pas vraiment un choix, mais plutôt une mise à disposition, un contrat avec la ville de Paris pour trouver un site pouvant accueillir du public. C’était dans le XVIe au début, donc les valeurs du festival ont été associées dès le départ à une population plutôt parisienne. Ce n’était pas le plus évident en termes de communication puisqu’il a fallu démontrer, prouver que cela faisait sens, que ce n’était pas juste dédié à une certaine population et que nous pouvions avoir de la diversité malgré ce site.

Par défaut, il y avait une volonté de toucher toutes les populations. Il y avait évidemment un choix sur le thème de l’écologie et du développement durable qui n’était pas si évident pour le commun des mortels. On commençait à parler d’écologie, mais elle n’était pas très populaire. Elle était souvent réservée à un public « bobo ». Finalement, petit à petit, nous avons réussi notamment à travers la programmation musicale à pouvoir défendre la diversité.

M.S : Quid de l'engagement des artistes ?

N.S : À l’époque, les artistes étaient un peu moins engagés ou en tout cas, ne parlaient pas vraiment de leur engagement, bien qu’ils pouvaient l’être dans leur vie personnelle. Cependant, nous connaissons le problème des tournées. Nous avons donc travaillé et défendu depuis 2-3 ans le grand chantier de la Green policy pour les artistes. L’idée était de travailler sur des tournées européennes plus éco-responsables avec des choix de dates beaucoup plus logiques en termes de transport. L’idée avant tout c’est de dire aux artistes qu’il est possible de travailler autrement sur leur venue : avec du plastique à usage unique, pas de bouteille, des énergies renouvelables pour alimenter la scène, etc. Cela peut faire peur aux gros artistes, mais nous nous défendons techniquement par notre projet hybride.

Aujourd’hui, au niveau de l’engagement, nous avons reçu en 2017 Angèle, Lomepal et pleins d’autres artistes de plus en plus engagés. Et cette année, nous arrivons avec cette 10e édition qui, nous l’espérons, pourra voir le jour. Nous avons notamment Massive Attack, un groupe mythique engagé, Gorillaz, Angèle, Pomme, Rone, La Marche bleue, et beaucoup d’autres. Cette dixième édition est d’autant plus à l’image de ce que nous essayons de défendre et avec des artistes qui vont peut-être aussi devenir ambassadeurs comme pour Green Peace ou Médecin international par exemple. Nous travaillons réellement dans ce sens, le lien entre les faiseurs, les penseurs, les activistes et les artistes. En 2017, Vandana Shiva est venue juste avant un grand artiste,… Kumi Naidoo, ancien président d’Amnesty International est monté sur scène avant Aya Nakamura, … Ces croisements rendent le projet plus fort.

Il y a une volonté de mélanger tout ce monde-là, c’est la rencontre de deux mondes.

M.S : Comment es-tu arrivée dans cette aventure ?

N.S : Je suis arrivée par hasard dans cette aventure. Je viens initialement du milieu du jazz. Après des années de droit, j’ai décidé de me reconvertir, donc j’ai suivi une formation qui s’appelle IRMA à Nanterre en économie et gestion de produits musicaux. À ce moment-là, j’ai trouvé le stage chez We Love Green où je gérais notamment les bénévoles. Au fil du temps, mes fonctions ont évolué, j’ai commencé à prendre en main des fonctions RSE, la restauration durable, … Il a fallu développer de nouvelles choses et c’est comme cela que depuis 2014, je travaille dans cette belle aventure.

M.S : Avec un festival par an, quelles sont tes missions ? Combien êtes-vous dans l’équipe ?

N.S : Actuellement, nous sommes une dizaine. Nous avons également des activités parallèles, notamment l’agence We Love Art qui co-produit le festival. Nous avons un autre festival et d’autres projets à long terme, notamment sur la sensibilisation et le travail de laboratoire. En ce moment, nous essayons de développer une école We Love Green pour les professionnels. En fait, même si le festival ne dure que deux jours, mes missions à l’année en tant que responsable de développement durable, sont axées sur :

  • les bilans carbone,
  • les stratégies énergie,
  • les stratégies de production éco-responsable,
  • tout ce qui est « contenu » : la programmation des conférences, tous les travaux institutionnels avec la région de France qui nous soutient, la ville de Paris et beaucoup d’autres acteurs institutionnels de Paris.

Nous avons des projets au long cours qui nécessitent des travaux à l’année. Cette année tout particulièrement sera la certification ISO 20-121 dédiée à l’événementiel pour un développement durable. 

M.S : Comment avez-vous vécu depuis mars 2020, comment avez-vous digitalisé cette édition "de crise" ?

N.S : Nous avons essayé de nous renouveler, d’avancer malgré la situation. Nous étions le premier gros festival parisien de l’année puisqu’il devait avoir lieu début juin. L’annulation était bien sûr un coup de massue pour nous. En même temps, la crise sanitaire nous a imposé d’apprendre à être résilients, à travailler différemment. Nous lancions un projet d’économie circulaire qui s’appelait Green Europe Expérience et en même temps, nous avons dû renouveler aussi toute la programmation que nous avions imaginée pour We Love Green. De ce fait, en trois semaines, nous avons réussi à monter We Love Green Télé avec des forces, des personnes géniales qui ont développé une map de tout l’ADN de We Love Green sur une carte. C’était hyper intéressant, parce que nous avons eu de très bons retours, beaucoup de vues. Malgré le fait que nous étions déconfinés le week-end du festival (toujours avec des mesures et des contraintes), nous avons eu beaucoup de monde et les conférences en ligne ont bien marché. Il y avait des personnalités qui parlaient évidemment de la crise actuelle et du lien avec la biodiversité, notamment François Gemenne, Aurélien Barrau, Vandana Shiva et des anthropologues. C’était tellement d’actualité aussi de parler d’écologie, environnement, de parler avec ces philosophes, ces activistes que cela a fonctionné. Nous avons créé des concerts inédits, nous avons capté Catherine Ringer en plein parc floral, c’était un moment magique. Cela fait partie de toutes ces petites choses que nous avons réussies à digitaliser.

M.S : Comment vous êtes-vous lancés, puis avez organisé cette idée ? Comment avez-vous assuré la communication ?

N.S : Nous n’avons pas beaucoup dormi. Il y avait une partie de l’agence We Love Art, qui a fait de la promo sur Because Music qui nous a accompagnés sur tout ce qui était digital. Nous avons dû évidemment utiliser des plateformes comme YouTube et Facebook. Nous nous posons toujours des questions pour pouvoir faire mieux. Nous n’avons rien monétisé sur ce projet, il était entièrement gratuit et réalisé en interne. Il y a eu un peu de développement, mais à part cela, c’était vraiment un travail en interne. Des forces visibles et créatives du festival qui se sont mises en branle et c’est comme cela qu’il est sorti.

Aujourd’hui, le deuxième chantier avec la digitalisation, ce sont les contenus pour ramener de plus en plus de streams et d’enregistrements, même si nous arrivons à refaire des événements physiques. En ce moment, les travaux en cours sont le bilan carbone numérique de cette édition qui est quand même assez consistant. Je ne peux pas encore le révéler, mais il représente 1/5 de l’édition physique, ce qui n’est pas négligeable. Cette nouvelle technologie nous amène aussi à nous poser de nouvelles questions du coup, et puis nous avons envie de nous retrouver physiquement.

M.S : Quelle est la vision de We Love Green ?

N.S : L’idée était de partir des problématiques actuelles, de repartir de zéro pour la conception et la production d’un événement éphémère. Bien évidemment, cela suppose d’être confronté à des problèmes de ressources ou de production.

Donc, de sensibiliser, influencer les publics, de changer les comportements, pour prendre un rôle éducatif et de médiation culturelle auprès de tous les publics et les professionnels, notamment pour avoir des valeurs sociales, économiques, solidaires, et éveiller les consciences.

L’équipe a grandi, que ce soit Julie à la communication, Clément à la programmation, Sarah en conception, en scéno Thomas, et Manon en restauration durable. Certains membres sont partis un temps pour mieux revenir, nous restons tous très attachés à ce projet. 

Marie n’imaginait (peut-être) pas le festival grandir aussi vite et prendre autant d’ampleur. Bien entendu, c’est difficile de grandir quand la question de la ressource se pose en permanence. Quelquefois, forcément, il y a des choses qui nous semblent plus difficiles à mettre en place. Et étonnamment, sur la gestion des déchets qui est un des points majeurs sur tout événement, nous avons réussi à nous professionnaliser, à trouver des solutions malgré ces contraintes.

Évidemment, les 100 000 repas qui sortent aujourd’hui du festival sur deux jours ont un impact assez important, c’est donc un sujet central pour nous. Par conséquent, pour du long terme, nous devons travailler sur  :

  • de nouveaux sourcings,
  • la traçabilité,
  • du bio et du local,
  • le fait d’aider des agriculteurs, des fermes à travailler avec nous.

L’idée est aussi d’avoir un impact sur tout un réseau, sur l’écosystème.

M.S : Est-ce que vous êtes en discussion avec d’autres festivals sur ces sujets-là ?

N.S : Bien sûr, nous sommes souvent sollicités par des festivals pour les accompagner sur des sujets précis, d’où l’idée de développer une forme d’école We Love Green. Nos Workshops forment les restaurateurs parisiens qui veulent se lancer dans la gastronomie de camping. Ce n’est pas évident pour un restaurant parisien qui a trente ou cinquante couverts de se décider à tenter l’aventure, penser que cela va lui apporter quelque chose, sensibiliser ses équipes, …

Quand nous essayons de discuter avec d’autres festivals français, c’est souvent pour échanger sur des questions environnementales, techniques ou encore de production. 

En fait, ce qui nous a aussi beaucoup aidés, c’est l’Award reçu par We Love Green dès le départ, en 2012, qui été audité par une ONG anglaise qui s’appelle Greener Festival. Grâce à ce label européen, nous avons pu être mis en contact, pour faire des Workshops européens, avec d’autres festivals hyper avancés au Danemark, en Angleterre. Et en fait, ils forment notre écosystème aujourd’hui. Je discute quotidiennement avec ces influenceurs européens du développement durable pour la musique. Nous nous échangeons des conseils, ils sont souvent sur des projets très techniques et ça m’aide beaucoup.

We Love Green festival éco-responsable à Paris

M.S : En termes de communication, comment est-ce que le festival We Love Green a réussi à se faire connaître ?

N.S : Il y a 2 / 3 personnes qui travaillent à la communication. Sur les questions de développement durable, nous travaillons ensemble, main dans la main pour parler le plus clairement possible de ces questions, trouver une façon de communiquer sur des actions environnementales

Il faut trouver un intitulé et des axes de communication assez différents pour parler aux publics. Évidemment, il y a une part de communication, mais il y a aussi et surtout l’expérience vécue sur le festival, qui est la meilleure communication qui soit.   Les programmes qui étaient développés que ce soit sur la question artistique, la scène du Think Tank, les conférences, les projections et le village innovations avec des start-ups étaient bien préparés. Cela aide forcément !

Tout cela passe aussi beaucoup par des appels à projets avec des cahiers des charges pour nous permettre de travailler avec des médias pour :

  • lancer les appels à projets,
  • avoir de la visibilité,
  • donner de la visibilité,
  • partager dans l’écosystème et ensuite réunir sur le festival.

Ainsi, nous ne procédons pas à une sélection bête et méchante, puisque nous voulons une fluidité dans la manière de toucher l’écosystème et ensuite communiquer au public.

M.S : Comment parlez-vous de ce que vous mettez en place ? Qu'est-ce qui a fonctionné ou moins fonctionné ?

C’est fondamental, puisqu’il y a cette notion de transparence sur ce que nous faisons qui est de plus en plus importante. Il faut donc mesurer nos actions.

N.S : C’est vrai que parfois nous avons mené des actions qui ont été des échecs. Par exemple, il y a une année où on a eu un problème au niveau du compost dû à un mauvais mélange. Une tonne est partie avec les ordures ménagères plutôt qu’avec le compost, ou encore la vaisselle compostable, ou bien les dérogations pour le biocarburant. En fait, il y a avant tout travail de logistique derrière qui est assez impressionnant et énergivore.

Nous avons aussi de belles histoires à raconter. Par exemple, nous avons travaillé avec Ecosia pour la compensation carbone, avec 80 000 arbres plantés. Nous sommes aussi dans un travail qui consiste à planter 40 000 arbres avec Jane Goodall Institute, ou encore 20 000 arbres avec Reforestation Projects à Madagascar, puis en Indonésie. Pourquoi des arbres ? Ils stockent du carbone, ils permettent de restaurer des écosystèmes et ils régulent le climat. Ce sont des choses assez perceptibles qui sont de plus en plus démocratisées. 

Notre public est très au fait de ces questions aujourd’hui, il n’est plus novice, il est initié. Par conséquent, nous leur devons d’être de plus en plus transparents et de leur expliquer notre mécanisme et nos travaux. Parfois, nous allons parler d’un AEP, d’échanges de matériaux pour l’économie circulaire ou des thèmes un peu techniques, comme l’hydrogène vert que nous avons testé avec de la Blockchain en 2019. C’était notre grande innovation, un prototype à hydrogène vert pour pouvoir tracer l’électricité qui venait d’un parc éolien à côté de Paris. Nous essayons toujours de travailler sur des innovations et de pouvoir les communiquer le plus simplement possible. Maintenant que les gens sont initiés, nous arrivons à leur parler d’écologie et de terminologies spécifiques, et cela pose de moins en moins de soucis.

M.S : Est-ce que vous faites des mémos ou des synthèses de vos scénographies et contenus des éditions ?

N.S : Tous les contenus que nous avons sur le festival, nous essayons de les mettre en valeur. Récemment, nous avons lancé une newsletter dédiée à cela qui s’appelle Green Up your life pour reparler des Podcasts et du Think Tank que nous avons enregistrés.

L’ambition était de faire connaître les idées de demain, de montrer les penseurs iconoclastes et d’avoir des personnalités très engagées.

Maintenant, nous travaillons sur des nouveaux formats avec Live Magazine. Nous développons une scène comédie-humour pour être plus disruptifs sur les sujets d’engagement et environnementaux. Nous digitalisons, nous faisons des Podcasts, nous avons une newsletter qui parle des start-ups que nous suivons au long cours et qui ont de nouveaux projets avec de belles idées. Nous essayons de les mettre en valeur.

Sur nos réseaux sociaux, de la même manière, nous parlons de chiffres, de data. Nous expliquons que nous avons 400 kilos de plastique recyclés pour l’œuvre signature du festival. Nous avons collecté environ 16 000 mégots que nous avons revalorisés. Nous essayons de chiffrer avec un bilan carbone depuis 2011.

La communication a beaucoup évolué, car au début, nous n’avons pas trouvé le bon modèle pour intéresser le public. Évidemment, cela intéressait, mais c’était à nous de travailler sur la manière d’expliquer et de le rendre plus intéressant.

M.S : Est-ce que tu as des bonnes pratiques à nous livrer pour réussir cette vulgarisation ?

N.S : Les sessions en ateliers, font partie des bonnes pratiques, notamment dans les Workshop européens. Là, il y a vraiment ce système de travaux en plus grands groupes. En interne, nous nous réunissons, mais peut-être pas assez justement. Parfois, cela nous manque et nous nous retrouvons autour d’un verre, d’un café pour retravailler ou échanger autour d’un sujet, ça se fait assez naturellement. Nous ne nous imposons pas ce genre de session de travail.

En fait, il y a quelque chose de très organique dans notre organisation. Évidemment, tout le bureau est engagé. Ce qui est génial, c’est que de la comptabilité à l’administration, le programmateur de musique, toute l’équipe, nous partageons le même engagement. Nous sommes une petite équipe et nous faisons le tri, du compost au bureau, ou on vient en vélo…

C’est vrai que cela change un peu la donne quand il y a des gens sensibilisés autour de soi. Nous nous alimentons tous les uns les autres.

Nous avons un groupe-contenu sur WhatsApp où nous nous envoyons tous des articles sur des thèmes qui nous intéressent au quotidien. Ce n’est pas du tout la « directrice du développement durable » qui impose cela ou qui le fait dans son coin.

Pour la création des contenus, je travaille avec Marie de La Giraudière, une ancienne journaliste, qui a l’habitude de travailler sur des contenus, des articles et qui repère aussi les nouvelles choses dans la manière de communiquer. Et donc, elle nous accompagne là-dessus et elle est très engagée également, sinon elle ne serait pas dans l’équipe. C’est un peu tout un écosystème dans l’écosystème.

M.S : Comment se finance le festival ?

N.S : Essentiellement, nous vivons des ventes de billets et des activités connexes. C’est un peu un financement « festival nouvelle génération ». Il y avait très peu d’argent public, voire même pas du tout au début. Et aujourd’hui, nous sommes à 4 à 5 % de subventions publiques. C’est très peu par rapport à un modèle de festival intégré qui a 30 ans. Nous avons à peine 10 ans, avec un festival nouvelle génération qui programme de la musique actuelle.

Nous avons aussi un vrai modèle privé de partenariat, de sponsoring et de mécénat qui représente 15 à 20 % de nos financements. Cela repose sur la billetterie, le bar et la restauration. Parfois, c’est assez difficile pour nous de faire ces demandes auprès des institutions, de toujours défendre nos valeurs, parce que nous ne rentrons pas dans toutes les cases. Nous sommes un peu hybrides et ce n’est pas évident tous les jours.

Tout cela étant dit, c’est un festival qui n’est pas encore à l’équilibre, mais qui va normalement le devenir, même si c’’est vrai que nous avons eu une édition 2016 sous l’eau, et l’année dernière une annulation qui a coûté de l’argent.

M.S : Je remarque qu’il y a une passion incroyable, toute l’équipe est animée et au service de la vision. Pour autant, il y a aussi une conscience de la situation économique, cette conscience-là de faire en sorte que ce festival continue d’exister.

N.S : Tout à fait. Les questions sont de plus en plus difficiles et particulièrement avec l’année que nous avons vécue. C’est le cas pour le monde de la culture en règle générale. Il y a plein de petites structures qui malheureusement ne peuvent même pas passer ce genre d’étape. Nous avons des co-financements et nous avons réussi à faire cette édition digitale. Cette dernière nous a un peu sauvés dans un sens en matière de visibilité, car nos partenaires privés ont pu s’associer à quelque chose, à des contenus. Sans eux, cela aurait été difficile. Nous avons eu également un vrai soutien de la part du ministère de la Culture, du CNM, etc. C’était assez nouveau pour nous.

Là, nous nous sentons soutenus, cela nous pousse à nous dire qu’en 2021, nous allons réussir à faire trois jours, parce que nous passons sur un format de trois jours. Cela va nous permettre aussi de rééquilibrer le coût de production d’un festival engagé et éco-responsable

Il faut savoir que cela prend beaucoup plus de temps de monter ce type de festival, pour avoir le moins d’impact possible. Nous avons une route circulatoire dans le bois de Vincennes par exemple, nous devons mettre du platelage et créer notre double enceinte. C’est impossible de monter les cinq scènes du festival en une semaine. Nous avons trois semaines de montage et une semaine et demi de démontage. C’est un mois sur site, voire plus, et tout cela a un coût humain.

M.S : Par rapport à un festival traditionnel, est-ce que vous avez une idée du coût supplémentaire lié à l’engagement ?

N.S : Nous avons calculé cela. Nous avons une volonté sur la restauration d’avoir quelqu’un de spécialisé qui accompagne sur le développement durable et le restaurateur des Workshops. C’est notre souhait à nous. Une personne d’Écotable va vérifier la traçabilité derrière. Nous avons aussi souhaité développer une scène des conférences. Nous avons une trentaine d’acteurs qui viennent sur cette scène. Elle est alimentée en panneaux solaires. En fait, c’était quand même assez difficile de faire ce calcul, parce que si nous enlevons des projets, le coût de production, de platelage, l’énergie renouvelable, nous pouvons estimer que cela coûterait environ 20 à 30 % plus cher, mais sans parler de tous ces projets sur l’économie circulaire, le Workshop, etc.

M.S : Est-ce que vous avez ressenti un moment ou une stratégie qui a ramené plus de monde ?

N.S : Je pense que cela coïncide avec la Cop 21. C’était un peu le moment charnière, puisque cela a démocratisé les sujets d’engagement et initié énormément de personnes. Évidemment, après la Cop 21, il y a eu Extinction Rebellion, Greta Thunberg, qui ont joué un rôle fort, et cela a fait qu’on nous regarde beaucoup plus puisque nous étions là avant. 

Et on se rend compte que les gens sont très pointilleux, c’est pourquoi nous leur devons en retour d’être clairs et transparents.

M.S : Est-ce que vous travaillez un peu avec les influenceurs ?

N.S : On a été très heureux que Ferdinand Richter (retrouvez l’épisode de Ferdinand dédié à Ecosia ici) participe une année par exemple. Lorsqu’il est venu sur la grande scène du festival, il a fait un super “Call to Action” juste avant Metronomy, qui était assez impressionnant. Il avait invité quelques influenceurs engagés. Nous travaillons avec des influenceurs de notre écosystème, ceux que nous aimons, qui sont sur des questions plus artistiques, mode durable, ou innovation. Évidemment, nous ne pouvons pas vraiment nous en passer. Et nous avons vu qu’il y a un intérêt à le faire. Cela nous permet aussi d’avoir une autre version de l’histoire, que quelqu’un d’autre raconte notre histoire.

C’est difficile de raconter quelque chose que l’on fait, je pense que c’est bien d’avoir des médias bruts qui vont inviter les autres à parler de ce que nous faisons, c’est beaucoup plus intéressant. Ils mettent le doigt sur énormément de choses et mettent d’autant plus en valeur le but de notre action.

M.S : De manière condensée, quels sont les défis pour l’édition 2021 ?

N.S : L’édition sera organisée avec des mesures sanitaires, des protocoles et évidemment tout le testing en backstage. Après le plan Vigipirate, nous avons maintenant un nouveau sujet avec ce Covid. 

Nous allons peut-être essayer d’échanger sur la vaccination, le lien biodiversité, écologie et pandémie pour la prochaine édition.

Nos actions vont être amplifiées : le zéro impact, travailler encore plus sur les tournées éco-responsables – faire venir Massive Attack en train) – sur l’allègement des shows des artistes,… 

En ce moment, nous sommes aussi en pleine norme ISO certification 20-121, c’est un travail au long cours et cela nous prend beaucoup de temps. 

M.S : Quelles sont les spécificités qui vous sont demandées sur cette norme ?

N.S : La norme ISO 20-121 a été développée pour les Jeux Olympiques de Londres en 2012. Elle a été la première norme ISO 2012-1 à l’époque. Il s’agit de faire participer toutes les parties prenantes qui vont être auditées et ensuite, toute cette chaîne de valeur, de l’approvisionnement aux achats responsables, va être surveillée et les engagements mesurés, avant d’être communiqués. Nous passons tout en revue, nous créons des procédures et essayons de simplifier, ce qui n’est pas toujours évident.

M.S : Est-ce que tu aurais un conseil aux collaborateurs d'entreprise à impact par rapport à ton expérience dans le monde de la culture et des festivals ?

N.S : Pour moi, quand on est dans une entreprise à impact, c’est que l’on a déjà un soutien de la part de notre organisation, de la direction. Donc, à partir de là, libre à nous d’être innovant, créatif, et de foncer.

Je pense que c’est Cyril Dion qui disait sur le Think Tank : « Plutôt que de regarder le monde s’effondrer, changeons-le ». C’est un peu simple comme cela, mais en fait, je pense qu’il faut prendre des risques sur ces sujets.

M.S : Est-ce que tu aurais un acteur à recommander sur ces questions ?

N.S : Je pense à quelqu’un que j’aime beaucoup et qui est vraiment une personne très proche du festival. Il a même participé au premier Think Tank et a développé énormément de choses, c’est Maxime de Rostolan. Il a créé Fermes d’avenir, il est sur des projets absolument incroyables en agroécologie. Je pense qu’il serait un bon acteur à rencontrer.

M.S : Il écrit effectivement des textes très intéressants sur les réseaux !

N.S : Au fait, tu nous as parlé d’une salle de spectacle dans laquelle tu as travaillé, c’était quelle salle ?

M.S : Effectivement, j’ai travaillé plusieurs années au Divan du monde. J’ai adoré et c’est pour cette raison que We Love Green m’a toujours parlé, parce que ce sont les deux mondes que j’adore : le monde de la musique, et le monde de l’impact. Je trouve cela génial qu’un festival ait réussi à allier les deux, donc encore une fois très contente d’avoir pu échanger avec toi. Un échange très riche que tout un chacun pourra apprécier.

N.S : Avec plaisir

M.S : Un grand merci à toi et à très bientôt sur l’édition j’espère en physique !

Melody Schmaus, agence CAUSE

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