EP.21 : Stéphane MIQUEL de Qwetch – Contenants nomades alimentaires

Des contenants nomades alimentaires pour transporter boissons et repas en évitant de recourir aux bouteilles et emballages alimentaires jetables.

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Notre podcast Business positif a accueilli Stéphane Miquel, Directeur Général et Fondateur de Qwetch. Découvrez l’incroyable aventure de cette entreprise avec un parcours rempli de belles choses à partager.

Sommaire :

M.S : Bonjour Stéphane !

S.M : Bonjour Melody !

Pouvez-vous me dire ce qu’est Qwetch ? Pourquoi et comment cette entreprise a été montée ?

S.M : Qwetch se veut être le spécialiste des contenants nomades alimentaires réutilisables. C’est la mission que nous nous sommes donnée. L’aventure commence par un voyage en Chine, en Asie où j’ai pu découvrir la manière dont les Chinois s’hydrataient, infusaient et buvaient leur thé toute la journée et à volonté. À partir de là, cela m’a donné des idées, déjà pour moi-même, et puis pour Qwetch. Avec ce que j’appelais la théière nomade, je pensais que cela faisait sens, à la fois pour la santé et c’était pratique au quotidien. Et surtout, on utilisait beaucoup moins de contenu jetable ! Je me suis dit qu’il y avait peut-être un avenir à ce type de produit dans les 10 à 15 ans qui allaient suivre.

qwetch stephane miquel

M.S : Qu'est-ce qui fait que vous êtes passé à l'action ? Car il y a un grand gap entre l'expérience personnelle et vouloir avoir un impact au niveau de l'écologie.

S.M : La conscience écologique n’arrive pas d’un coup. Je pense que c’est quelque chose qui est plus profond. Initialement, elle passe par une éducation et pour ma part, cela faisait déjà plus de 25 ans que je m’alimentais bio et que je me posais ce type de question. D’ailleurs, beaucoup de gens se posent ces questions au quotidien.

A travers ce voyage, avec mon épouse et mes deux amis, nous avons compris qu’il y avait toute une partie du monde qui compterait dans la géopolitique mondiale dans les années à venir, c’était en 2007.

Nous nous sommes dit qu’avant d’avoir un avis et de faire comme tout le monde, critiquer pour critiquer, il fallait peut-être se rendre sur place, essayer de voir qui étaient ces personnes, et comment elles fonctionnaient.

Avec un sac à dos et un billet d’avion, nous sommes partis en Chine. A travers l’association Couleurs de Chine, nous y avons découvert énormément de choses, notamment des gens qui avaient une culture, qui pensaient différemment, qui évoluaient dans un contexte différent et qui s’hydrataient différemment. C’est un peu un hasard qui a transformé ma perception du monde.

Bien entendu, c’est lié à ma situation personnelle parce qu’à cette époque-là, j’étais Directeur Commercial et Marketing. J’évoluais notamment dans l’industrie du papier et j’avais beaucoup de clients au niveau européen, j’avais une équipe et je me déplaçais beaucoup. Du coup, j’avais des horaires compliqués. Je n’avais pas forcément la possibilité de m’hydrater correctement lorsque je n’étais pas à la maison. C’était une prise de conscience.

Avec 10 cafés dans la journée dans les aéroports, les gares, parce qu’on ne trouve que ça, s’hydrater avec sa théière nomade, et partir avec son contenant, c’était quelque chose de révolutionnaire pour moi. Cela me permettait de m’hydrater ou de m’alimenter comme je le voulais. Cela a simplifié ma vie.

C’était déjà mon premier objectif et l’une des conséquences de mon voyage en Chine. Lors de mes déplacements en avion, je me suis rendu compte du nombre de sachets ou de gobelets en plastique utilisés. J’étais le seul à donner ma théière et à chaque fois, je me disais que c’était comme en Chine.

M.S : Qu’est ce qui vous a motivé ? Et comment vous vous êtes lancé, concrètement ?

S.M : Je ne m’y connaissais pas du tout en création de produit de ce genre. Ce sont des convictions, des envies et des moments de vie. La première chose, c’est déjà d’en parler avec sa famille, son épouse, ses enfants, parce que forcément changer de vie aura un impact sur tout le monde.

Je pense qu’il vaut mieux partager chaque idée que l’on veut mettre en œuvre.

Les dix ans qui vont suivre ne vont pas être simples, non seulement pour le créateur, mais également pour tous ceux qui l’entourent, ils auront forcément un rôle à jouer. Bien entendu, il y aura des obstacles, des écueils, il va falloir rebondir et on ne rebondit jamais tout seul.

J’ai eu la chance que mon épouse soit là lors de mon voyage et qu’elle voit en direct ma découverte du produit et mon engouement.

 

Ensuite, il faut tout arrêter, tout plaquer. J’ai été transparent avec mon employeur et ai travaillé à mi-temps, pendant deux ans et cela m’a permis de lancer mon activité. Financièrement, cela aide beaucoup.

M.S : J’ai l’impression qu’on entend beaucoup parler de l’entreprise depuis quelques années, alors qu’en fait elle a déjà plus de 10 ans.

S.M : Exactement. L’idée est née en 2007, un an avant les Jeux Olympiques de Pékin. Puis, pendant trois ans, j’ai utilisé moi-même le produit. Ma famille et mes amis également. J’ai pu remarquer qu’à force de l’utiliser, tout le monde m’en demandait. Je me suis dis que je n’étais pas le seul.

Le début de l’aventure c’était en 2010 et là, nous nous sommes jetés dans le bain. Nous avons compris que nous avions mis le doigt sur une idée et qu’il pouvait se passer quelque chose. Nous avions donc étudié le marché en Asie, puisque c’est là-bas que cela se pratique depuis longtemps. Nous avons regardé :

  • Comment fonctionnent-ils ?
  • Est-ce qu’ils l’utilisent uniquement pour l’hydratation ?
  • Est-ce qu’ils font aussi cela au niveau de l’alimentation ?

Il se trouve qu’effectivement, ils utilisent ce type de produit pour les aliments prédécoupés, ou pour faire cuire du riz, puisqu’ils ont l’habitude d’emporter leur nourriture avec eux. Nous avons également regardé comment cela se passe sur d’autres continents, notamment aux États-Unis, au Canada. À ce moment-là, en 2010, nous nous sommes rendu compte que les Canadiens se sont déjà posés la question, puisque cela va dans le sens de la protection de la planète et que le bio et la planète les concernent fortement.

Nous étudions donc tout cela, puis nous nous sommes dit que cette prise de conscience a de l’avance dans certains pays. Nous nous sommes dit qu’économiquement, cela pourrait être un relais.

Effectivement, la prise de conscience écologique et tous les projets qui peuvent en découler, apportent également des relais de croissance économique.

De plus, réinventer un monde, c’est peut-être aussi permettre à chacun de vivre correctement. À partir de là, si nous pensons qu’il y a vraiment quelque chose à faire, nous n’avons pas d’autres solutions que celle de prendre notre baluchon et d’aller voir là où on le fabrique.

qwetch bento

M.S : Quelle est votre vision, votre culture en interne ?

S.M : L’équipe est basée à Aix-en-Provence, l’endroit où je me suis trouvé au moment où il a fallu que je crée une équipe et que j’embauche. Actuellement, nous sommes une vingtaine de personnes, tandis qu’il y a deux ans, nous étions 5. Nous prévoyons d’être une trentaine de personnes d’ici la fin de l’année. Nous avons vendu à peu près 2 millions de produits cette année.

M.S : Il y a une croissance énorme sur ces deux dernières années, puisqu’il me semble avoir lu que le chiffre d’affaires en 2018 tournait autour ou avait dépassé le million d’euros. Et là, vous avez vendu des millions de produits.

S.M : Tout à fait, le chiffre d’affaires s’est à peu près multiplié par 5 en 2019. Nous pouvons dire que ces 5 dernières années, nous avons une moyenne de doublement d’activité chaque année.

M.S : Avez-vous mis en place une stratégie ou bénéficiez-vous de la tendance du marché ?

La prise de conscience est mondiale.

S.M : Je pense que tout le monde le voit. Par contre, elle n’arrive pas au même moment chez tout le monde. Le jetable, ce n’est plus possible. Que nous l’utilisions quelques secondes, quelques minutes, ou même un an, ce n’est pas suffisant. La planète ne peut pas tenir face à cela. Et cette prise de conscience zéro déchet, dans le domaine des contenants alimentaires, a eu lieu principalement en 2014-2015 aux États-Unis avec un boom colossal. Dès que le marché s’est ouvert, cela a touché tout le monde. Pas seulement les précurseurs, ceux qui se préoccupent de la nature et de la protection de la planète depuis très longtemps. Tout le monde a eu envie de faire un geste, de changer de comportement. Puis, mi-2017, l’Angleterre s’y est mise. Les pouvoirs publics ont mis à disposition des fontaines d’eau dans les villes. Cette prise de conscience généralisée a eu lieu principalement mi-2019 en France.

M.S : Quel est le marché de Qwetch ? Vous ne vendez pas qu’en France ?

S.M : Non, parce que comme je l’ai dit, la prise de conscience est mondiale. Boire de l’eau fraîche dans une bouteille isotherme ou manger chaud dans une boîte repas isotherme, ces besoins sont partout en Occident. Nos produits peuvent donc intéresser un Norvégien, un Suédois, un Suisse, un Français, un Américain, un Anglais. Finalement, cela peut concerner tout le monde. Après, ce sont des histoires de contenance : est-ce qu’on a besoin d’un litre ? Est-ce qu’on boit des soupes tous les jours avec 300 ml ou un litre de soupe le midi ? Est-ce qu’on considère la soupe comme un starter ou comme un repas à part entière ?

Au final, c’est culturel suivant chaque pays. Bien sûr, le marché principal pour nous, c’est la France. Nous vendons à-peu-près 30 % à l’étranger, dans plus de 20 pays, principalement en Europe, beaucoup en Suisse. Et nous avons beaucoup de demandes en dehors de l’Europe.

M.S : Quelles actions avez-vous mises en place pour trouver vos premiers clients, designer vos premiers produits et trouver un rythme de renouvellement ?

S.M : La première étape consiste à aller à la rencontre des futurs utilisateurs les plus convaincus. Ceux qui ont déjà une connaissance un peu pointue de ce type de produit. D’ailleurs, c’est pour cela que nous nous sommes principalement intéressés à ceux qui s’alimentent bio. Nous sommes allés à leur rencontre sur des salons consommateurs directs, tels que : Marjolaine, Zen, etc. Des salons bio où finalement, on découvre de nouvelles façons de se comporter, de s’alimenter, de nouveaux cosmétiques qui font que nous pouvons nous permettre d’imaginer une vie différente, juste avec ce que nous trouvons autour de nous. On a envie d’avoir de nouvelles idées, de nouvelles façons de fonctionner. Nous sommes allés vers le consommateur et nous avons développé les produits par rapport à leurs priorités qui étaient avant tout la performance isotherme. C’est la promesse de base.

La deuxième étape consistait à satisfaire ces personnes qui étaient les plus exigeantes par rapport à nos valeurs. Nous avons voulu faire en sorte que la nourriture ou la boisson ne touche jamais de plastique. L’idée, c’était d’avoir le moins de plastique possible. Globalement, grâce à leurs remarques, nous avons très vite changé l’ensemble de nos bouchons pour faire en sorte qu’il n’y ait jamais de contact avec des matières problématiques au niveau santé.

M.S : Et quand vous dites « grâce à leurs remarques », y a-t-il eu des sondages, des interviews ou bien avez-vous parlé aux consommateurs sur ces salons ?

S.M : Nous leur avons parlé sur les stands des salons. Quand vous êtes sur ce type de salon, vous avez enfin la possibilité de communiquer avec les gens qui utilisent vos produits. Une des particularités, c’est qu’ils reviennent vous voir l’année suivante en vous expliquant comment ils les ont utilisé. En réalité, vous avez des marchés test. C’est très intéressant de pouvoir discuter avec les personnes qui utilisent nos produits, parce que nous ne les fabriquons pas pour nous, ou pour nous faire plaisir, nous les fabriquons pour ceux qui les utilisent.

M.S : La demande est forte pour les gourdes. Pourquoi avoir développé l’activité notamment sur les récipients pour l’alimentation ?

S.M : En fait, Qwetch n’est pas un spécialiste de la gourde. Ça, n’importe qui peut le faire.

Qwetch se veut plutôt être un spécialiste des différents types d’usages de l’alimentation, de l’hydratation saine et nomade.

À partir de là, ce que nous savons, c’est que “nous provenons de l’infusion, la théière en tant que telle”, qui peut être de l’infusion chaude comme froide. C’est un usage particulier qui concerne certaines cibles. Nous allons donc fabriquer différents types de produits pour cet usage-la.

Nous savons aussi qu’il y a l’hydratation de manière générale que nous appelons communément gourde, nous, nous l’appelons bouteille. Une gourde, c’est un peu plus dans l’esprit outdoor que l’esprit urbain. Nous, nous sommes plus dans l’accompagnement des personnes dans leur vie du quotidien. Nous sommes plutôt dans l’accompagnement au quotidien des personnes, dans l’infusion, l’hydratation, mais aussi dans l’alimentation. C’est un peu ce qui nous différencie, car notre objectif est de fabriquer des contenants, non pas juste pour accompagner l’alimentation, mais aussi pour s’assurer que cela a un impact bénéfique sur la santé des personnes. Puis s’éviter tout un tas de substance qui serait néfaste.

qwetch bouteille

M.S : La notion d'impact pour la planète intervient à quel moment dans le développement de l'entreprise ?

S.M : Qwetch, c’est une aventure qui est à impact environnemental (avec l’innovation produit) et solidaire. Notre raison d’être, c’est de prendre soin des hommes et de la planète.

Mais notre mission, c’est de développer une société heureuse où bien consommer ne se fait pas au détriment des ressources naturelles.

Bien évidemment, à travers cela, il faut aussi être solidaire. Nous essayons de l’être dans des causes qui touchent notre métier. Nous pensons que c’est un des objectifs d’une entreprise privée de redistribuer, de choisir où elle redistribue et comment elle le fait. Nous le faisons à travers certains produits. Quand le consommateur les achète, nous nous engageons à reverser une partie dans une certaine direction. Par exemple, vous avez Un toit pour les abeilles ou Mountain Riders avec qui nous avons travaillé une bouteille spéciale sur la montagne. Nous travaillons aussi avec Un Océan de vieCette bouteille est distribuée par nos revendeurs. À chaque fois que quelqu’un l’achète, nous reversons 2 euros à l’association. Cette année, nous avons reversé 35 000 euros, l’année dernière, nous avions reversé 12 000 euros. Peut-être que l’année prochaine ce sera 70 000 euros! Certains projets visent à sensibiliser les enfants sur l’Océan, mais aussi de Clean Collect et de Clean Up dans les calanques à MarseilleNéanmoins, tout cela ne peut avoir lieu que s’il y a des personnes qui permettent de réunir un peu de fonds. Dans notre équipe de 20 personnes, tout le monde participe pour choisir ce que nous devons faire et où nous devons aller.

M.S : Quels ont été vos axes de communication et vos axes commerciaux pour réussir à pérenniser l’entreprise ?

S.M : Au début, nous ne parlions pas de notre politique de dons, d’engagement et de responsabilité. C’est quelque chose que nous avons fait. Il se trouve qu’aujourd’hui nous nous disons « pourquoi ne pas en parler ? » D’ailleurs, nous sommes probablement en train de l’organiser autour d’une fondation. Nous nous posons de vraies questions par rapport à cela pour pouvoir l’ancrer dans l’entreprise, faire en sorte que tout cela reste collé à la marque Qwetch et que l’entreprise et les valeurs de Qwetch soient aussi ce projet. Par contre, il faut se remettre sur les priorités de l’entreprise : faire en sorte que les produits soient performants et que les promesses soient tenues à travers l’achat de ce type de produit. Il nous faut convaincre l’ensemble des personnes de passer sur des produits moins polluants, réutilisables ou plus sains. Pour cela, il faut aussi trouver des produits colorés, intéressants, attractifs et à la mode qui peuvent être responsables et sympas. Dès mi-2018, nous nous sommes dit qu’il fallait que nous travaillions le style. Il fut un temps où le tupperware étaient cachés dans un sac pour transporter son alimentation au bureau.

Aujourd’hui, il faut que les gens soient fiers de montrer leur contenant parce que premièrement, il est réutilisable, il y a donc un intérêt général. Deuxièmement, nous essayons de faire en sorte que ce soit beau.

M.S : Et aujourd’hui, où sont commercialisés vos produits ?

S.M : Comme vous le savez, nous commercialisons toujours en direct grâce aux salons. Le Covid nous a amené à arrêter de le faire, mais nous ne voulons pas perdre le lien avec le consommateur et l’utilisateur. L’autre moyen, c’est sur notre site en direct, sur lequel nous avons aussi des personnes qui nous font des remarques, et qui nous font évoluer. Nous commercialisons aussi via des réseaux de distribution spécialisés dans leur domaine, notamment les spécialistes de l’alimentation générale bio. Un autre réseau que nous encourageons, c’est le réseau des zéro déchet. Aujourd’hui, je crois que c’est plus de 500 magasins en France. Qui l’aurait parié, il y a quatre ou cinq ans ? Les gens ont pris conscience que le packaging n’est que de la logistique, de la protection. Par conséquent, il n’est pas forcément nécessaire d’imprimer pour inciter les personnes à acheter. Autant se préoccuper de faire en sorte que les consommateurs n’achètent que le contenu. Ce n’est pas forcément évident pour ce réseau-là, parce que c’est un changement de mentalité radical. Au niveau législatif, tout n’est pas encore prévu, mais c’est en train d’évoluer. Cependant, notre but, c’est aussi d’accompagner ces personnes-là, en leur proposant de plus en plus d’offres qui entrent dans leur concept, parce que nous croyons beaucoup à ce type de distribution.

Parallèlement, nous avons des spécialistes des arts culinaires, d’articles de cuisine, tout ce qu’on appelle le Kitchen Wear. Nous avons tout un tas d’enseignes qui nous suivent dans notre développement. Nous avons également des spécialistes de l’Outdoor, pour la protection de notre environnement. Ils sont en phase avec la protection de la bio-diversité.

M.S : Est-ce que vous avez approfondi l'axe e-commerce avec cette période de Covid ? Comment voyez-vous cet outil et comment assurez-vous les ventes sur votre site ?

S.M : Nous, nous le voyons très bien. Nous avons réellement commencé à nous y mettre sérieusement en 2018. Aujourd’hui, une marque qui ne peut pas diffuser 100 % de sa gamme à ses consommateurs n’est pas une marque. Bien évidemment qu’un revendeur spécialiste du culinaire ne peut pas forcément avoir 100 % de la gamme surtout si on veut faire des tests, des innovations. Par conséquent, ce site internet était important pour nous, même s’il ne représentait qu’une petite part. Par contre, à partir de 2018, nous nous sommes rendu compte que pour toucher tout le monde, nous ne pouvons pas passer au travers d’internet. Aujourd’hui, c’est un canal de distribution, qu’il soit par des revendeurs ou qu’il passe par nous en direct. Il y a des personnes qui veulent pouvoir acheter à 3 heures du matin sur internet ou le dimanche alors que les magasins sont fermés. De nos jours, c’est un outil qui facilite la vie au quotidien, de ce fait, nous devons permettre ce genre de démarche. C’est totalement complémentaire. Les revendeurs ont aussi leur site et ils revendent également. Cela peut aussi se faire via le Click and Collect pour les revendeurs, ce qui est d’autant plus intéressant. En tous cas, c’est un canal que nous ne pouvions pas ignorer pour pouvoir toucher de plus en plus de monde.

Et pour ce qui est des projets, il y a de plus en plus d’experts dans l’entreprise dans le domaine. En termes de communication, les internautes se posent des questions au niveau des avis : qu’est-ce qu’un utilisateur peut dire de positif, de négatif, ou en termes d’amélioration possible sur les produits ? Nous avons tout de suite fait en sorte qu’il y ait une transparence totale sur l’utilisation de nos produits et nous avons mis en place un système d’avis contrôlé par un organisme indépendant de telle manière à ce que les avis soient réels. Cela était un point très important. C’est comme quand quelqu’un veut aller dans un restaurant ou faire un voyage, il se pose toujours la question de savoir si d’autres l’ont fait avant lui. C’est le déclic, la première chose à faire, pour certifier le site par rapport au produit.

M.S : Quelle est l’équipe qui s’occupe actuellement de toute cette digitalisation de l’activité ?

S.M : Nous avons trois types d’équipes. La première équipe est composée des premières embauches de l’entreprise. Ils interviennent dans la communication sur les réseaux sociaux. Si nous voulons être proches du public, nous devons être capables de communiquer avec les outils qu’ils utilisent. Nous avons donc une équipe qui pense à la communication et qui travaille avec tous ceux qu’on peut appeler les « influenceurs ». Ils sont spécialisés sur certaines communautés. Ils testent nos produits et nous font des remontées sur les différentes communautés. Cela nous permet de développer nos produits, de les faire évoluer.

La deuxième catégorie concerne tout ce qui va apporter du flux sur le site. Comment faire en sorte que la marque soit connue et draine du trafic chez nos revendeurs ou sur notre site? Nous avons donc recours à la publicité digitale, qu’elle soit généraliste pour toucher tous les canaux ou qu’elle soit spécialisée. L’équipe utilise des canaux comme le SEO, SEA et le SMA. Nous nous intéressons donc aux flux, tout comme un magasin physique pourrait procéder à une publicité télévisée ou à du 4 par 3 à tel endroit, dans telle ville.

La troisième équipe s’occupe de faire en sorte de bien recevoir le client dans le magasin. En effet, quand nous ouvrons un magasin, les clients ont envie d’avoir une expérience à l’intérieur qui leur corresponde. Il faut que ce soit simple, qu’ils comprennent rapidement le chemin à parcourir pour aller vers le produit qui les intéresse, et qu’il y ait toute l’expérience de la marque. Et s’ils ont envie de s’intéresser à la vie de la marque, il faut qu’il y ait suffisamment d’informations pour savoir :

  • à qui ils achètent ce produit ?
  • comment il est fabriqué ?
  • quels sont les engagements de la marque ?

M.S : C'est cohérent, donc on le fait. Est-ce que vous avez un avis sur faire de la publicité sur les GAFA, ou ce n’est pas votre combat ?

C’est une réflexion, ce n’est pas un combat. Nous, nous sommes engagés, nous ne sommes pas militants.

S.M : Nous ne pouvons pas mener tous les combats sinon, nous n’en menons aucun. Ce qui se passe autour des Gafa en Europe serait une question de débat personnel ou politique et je ne suis pas sûr que ce soit Stéphane Miquel, entrepreneur, qui devrait y répondre ici aujourd’hui. Actuellement, ce que je peux dire, c’est que l’engagement de Qwetch sur Amazon, si cela doit être une question, ne représente même pas 0,5% de notre chiffre d’affaires. Cela veut dire qu’aujourd’hui, nous avons déjà pris le parti de se dire qu’il n’apporterait pas de la valeur ajoutée au consommateur, si ce n’est d’être livré très rapidement. Ils sont très innovants de ce côté-là. Par contre, nous considérons que ce canal ne correspond pas à l’image de marque et aux valeurs de l’entreprise par rapport à la manière dont le produit est vendu. Il représente donc très peu, mais par contre, nous avons pris le parti d’y être pour essayer de comprendre comment cela fonctionne et non de refuser pour refuser.

La publicité digitale sur les réseaux sociaux, c’est une vraie question. Mais lorsque l’on veut communiquer avec les gens, vaut-il mieux aller là où ils sont ou attendre qu’ils viennent vers nous ? Il vaut mieux aller là où ils sont. Par contre, nous pouvons, à travers nos valeurs, influencer la manière dont ils se comportent et c’est cela qui nous intéresse. Aujourd’hui, je ne suis pas en train de critiquer ceux qui utilisent la bouteille plastique, je suis juste en train d’essayer de faire en sorte qu’il y en ait de plus en plus qui utilisent la bouteille écolo.

Je fais partie des personnes qui pensent que le consommateur a les cartes en main. D’ailleurs, si on veut voter, posons-nous la question sur ce qu’on achète et vous verrez que les choses changeront.

M.S : Je suis effectivement partisane de ce mode de pensée. La carte bleue est une belle carte de vote aujourd’hui.

M.S : Comment financez-vous votre entreprise ? Est-ce que l’entreprise est à l’équilibre ou bénéficiaire ?

S.M : Aujourd’hui et principalement dans le monde dans lequel nous vivons, l’entreprise qui ne peut pas gagner sa vie, ne peut pas vivre longtemps. Actuellement, nous ne pouvons plus faire de plans à 3 ans, parce que globalement, et c’est ce que le Covid nous montre, nous ne pouvons pas savoir ce que sera le monde dans 5 ans. Cela veut dire qu’il faut être très agile, qu’il faut essayer de gagner sa vie et de trouver un équilibre. Par conséquent, nous ne sommes pas une association humanitaire, nous ne sommes pas un organisme associatif, nous sommes une entreprise.

En ce qui concerne le financement, Qwetch est passé par un financement familial. Dès le départ, les personnes qui étaient avec moi en Chine lors de ce voyage ont mis chacun de l’argent dans ce projet. Ils sont toujours là, au capital. C’est très important pour moi que la famille m’accompagne parce que pour démarrer un projet, il n’y a rien de mieux que les personnes qui vous écoutent et qui investissent sur ce projet. À l’époque, en 2007-2008, il n’y avait pas beaucoup de Ulule et compagnie. Ensuite, il n’y a pas de mystère, on passe par la vente d’une maison, la vente des voitures. Pour acheter le stock, il faut aller voir auprès des banques avec un Business plan. C’est difficile, car ce n’est pas leur métier de parier sur quelque chose. C’est comme cela que Qwetch a démarré.

Il faut ensuite se poser des questions sur où nous allons. Bien évidemment, quand il y a de la cohérence et qu’on peut montrer que cela débouchera sur quelque chose, certaines personnes permettent le financement. Aujourd’hui, un de nos plus grands financeurs est la BPI. Elle a permis la croissance de l’entreprise. La problématique de l’entrepreneur est de créer quelque chose qui n’existe pas encore ou qui existe ailleurs. Il faut ensuite convaincre les banques pour avoir des fonds. Les banques et la BPI ont besoin de preuves, mais la BPI est prête à accompagner les entrepreneurs. D’après mon expérience, la BPI prend un peu plus de risques pour accompagner l’entrepreneur. Il est clair pour moi que nous avons été bien accompagné de ce côté-là.

M.S : Vous aviez aussi une dimension innovation sur laquelle vous avez insisté tout à l’heure et qui est aussi dans la ligne de la BPI.

S.M : Exactement. Cela correspond parfaitement à leur politique qui est également la politique de tout le monde. La Banque Publique d’Investissement nous appartient à tous finalement. Il faut juste que cela fasse du sens par rapport à l’évolution du pays et à la manière dont on voit aussi l’économie dans le pays, les grands mouvements, et les grandes avancées. Donc, je pense qu’effectivement, cela correspond particulièrement à la politique publique.

qwetch glacier

M.S : Est-ce que vous pourriez me parler d’obstacles et d’échecs que vous auriez rencontrés ? Des apprentissages que vous en avez ressortis au travers cette aventure ?

S.M : La première année a été difficile parce qu’au bout d’un an tout l’argent que nous avions investi était parti en feu. Cela est dû au fait que j’ai cru que le niveau de connaissance et d’engagement que nous avions (moi et les personnes qui m’entouraient) était le même pour tout le monde. C’est-à-dire que si trois ou quatre personnes voulaient le même produit que moi, je pensais que tout le monde en voudrait également. Sauf qu’il y a de l’inertie et que le coming out du consommateur, cette prise de conscience, elle n’arrive que quand il est prêt.

Un des premiers enseignements, c’est l’inertie.

Il y a beaucoup d’entrepreneurs ou d’inventeurs qui ont toujours été en amont du marché, qui n’ont pas réussi à tenir jusqu’au jour où cela se développe. On peut avoir un produit tout prêt trois ans en avance, mais sans le consommateur et sans argent pour tenir, c’est fini.

Le deuxième échec, c’est d’avoir cru qu’on pouvait aller contre une culture. Les Chinois utilisent leur théière nomade. Une sorte de gourde avec un petit filtre au-dessus, qui est le concept que nous utilisons. Ils mettent les feuilles dans la gourde, le petit filtre, l’eau chaude et ils boivent comme s’ils buvaient à la bouteille dans une gourde. En fait, ils boivent l’eau infusée, mais les feuilles qui sont à l’intérieur sont bloquées par le filtre et ne viennent donc pas dans la bouche. Ainsi, ils ont une infusion permanente du thé. Par conséquent, je me suis dit que s’il y avait 1,3 millions de personnes qui buvaient ainsi, pourquoi les 5 autres millions de la planète n’en feraient pas autant. De là, nous nous sommes lancés avec la théière qui avait un seul filtre. Nous avons réussi à toucher quelques addicts et spécialistes du thé, mais au final, nous ne pouvions pas toucher tout le monde. Déjà dans la tête de l’Occidental, si le thé infuse trop, c’est astringent et ce n’est pas bon. La culture, c’est la culture et le goût, c’est le goût. À un moment donné, vous pouvez faire évoluer le consommateur, parce qu’il y a des choses qui ne font pas de sens dans son comportement, et il va s’en rendre compte, changer. Par contre, quand il aime quelque chose et qu’il ne ressent aucun danger à le faire ainsi, pourquoi changerait-il. C’est comme ça, c’est ancré.

M.S : Cela rejoint ce que vous disiez sur le fait d’être allé voir les convaincus au début, et d’apporter cette notion de besoin. Eux, ce qu’ils voulaient, c’était déjà un récipient nomade. Au final, ils n’avaient pas envie de changer leur comportement, ils avaient juste envie d’améliorer un niveau de leur vie.

S.M : Exactement, donc en fait tout le monde n’était pas comme moi, au même niveau de maturité de la réflexion dans ce sujet qui me concernait personnellement. Les autres, c’était un epsilon dans leur vie. En réalité, nous ne pouvons pas changer les gens comme ça, il faut que cela ait du sens pour eux. De là, nous avons tout de suite fait évoluer la théière en proposant deux filtres, vous le remarquerez dans notre concept, nous étions les premiers. C’est l’idée de la théière nomade avec deux filtres, filtre court, pour une infusion longue et un filtre basket, ou panier, dans lequel vous maîtrisez votre temps d’infusion. Vous êtes dans la mode occidentale. En conclusion, comment prendre le meilleur de l’Asie pour l’apporter à l’Occident ? C’est ce que nous avons fait.

M.S : Dans ce registre, pour 2021-2022, quels sont les défis à venir, les grands projets pour le développement de Qwetch ?

S.M : Tenir les crises des différents Covid, l’agilité et embarquer tout le monde. Nous sommes une entreprise, nous devons être tous soudés. Ces moments sont difficiles pour tout le monde, pas que pour nous, mais pour l’ensemble des collaborateurs ou des partenaires. On parle du client, mais c’est pareil pour les fournisseurs. Ces derniers peuvent être nos fournisseurs fabricants, avec lesquels nous travaillons depuis plus de 10 ans, ils ont un rôle très important, même si la plupart d’entre eux sont en Asie. Nous nous voyons toutes les semaines en visio, nous travaillons les développements ensemble. C’est vraiment un écosystème qui s’est créé entre les fabricants et nous. Cependant, il y a également tous ceux qui assurent la logistique chez nous qui sont des partenaires, des entreprises familiales. Ils ont aussi investi de leur côté pour le développement de Qwetch. Pour croître, il faut des partenaires qui y croient, parce qu’il faut aussi des personnes qui ont envie de vous accompagner dans votre projet. Quand nous livrons en e-commerce ou quand nous livrons nos revendeurs, il faut des personnes qui ont envie de stocker plus, d’embaucher pour assurer la livraison.

Le défi, c’est de faire évoluer cet écosystème sans le dénaturer. Nous choisissons nos partenaires par rapport à leur valeur, leurs panneaux solaires, le fait de ne pas utiliser de plastique dans les emballages, tout cela.

Néanmoins, si nous croissons deux ou trois fois plus, est-ce que nous pourrons garder cet écosystème ainsi, faire grandir tout le monde et que tous ceux qui étaient là au début puissent en profiter ?

M.S : Votre joli conseil est de toujours bien garder la mission au cœur et de garder tout le monde à bord. Est-ce que vous aurez un autre conseil à livrer aux auditeurs de ce podcast ?

Je dirai qu’il faut avoir des convictions et de la persévérance.

S.M : Cela me paraît être les maîtres mots et surtout éviter l’entêtement. C’est faire la différence entre persévérance, conviction et entêtement, parce que quand on se déploie comme cela, on a souvent beaucoup de moments de doutes. Beaucoup de personnes sont amenées à vous juger mais il faut arriver à se demander s’ils ont raison ou tort et arriver à garder la tête froide. En même temps, il n’y a que ceux qui sont dans la création qui peuvent se dire, moi j’y crois, parce que j’y vois ce que je vois et j’ai envie de le mener.

M.S : Donc, il faut réussir à se faire confiance et en même temps rester lucide. Ce qui n’est pas toujours évident.

M.S : Toute dernière question : Est-ce que vous auriez un acteur de l’écosystème à me recommander sur ce podcast, pour l’interviewer sur cette question de l’impact positif et du business ?

S.M : Il y en aurait beaucoup. La création, c’est aussi des rencontres. Bien souvent, les portes s’ouvrent parce qu’un créateur aime bien discuter avec un autre. Le partage est important. Si je regarde autour de nous sur Aix-en-Provence à Marseille, je pense à Bee Wrap. Ce sont des personnes qui se battent sur des produits zéro déchet qui font du sens. Une équipe de jeunes s’est dit qu’ils allaient le faire et c’est un produit qu’il est possible de fabriquer en France. Le Bee Wrap aujourd’hui provient du Canada ou d’ailleurs, mais vu qu’il y a un intérêt pour l’ensemble des Français, pourquoi ne pas le fabriquer en France. Ils ont leurs ateliers ici avec une certaines responsabilités puisque, comme nous, sur certains sujets, ils font travailler des ESAT, je crois que cela s’appelle Another way. Nous ne sommes pas dans la grosse multinationale, mais justement je trouve que c’est ce qui est intéressant. De nos jours, beaucoup de personnes et de jeunes ont décidé de passer le cap et de tester.

M.S : C’est une très belle référence. J’irai regarder.

Merci beaucoup pour cet échange et pour tous ces partages. J’espère que les auditeurs vont les apprécier autant que moi. Il me reste à vous souhaiter une très belle continuation pour cette aventure Qwetch et de vous regarder évoluer au fur et à mesure des mois qui arrivent.

S.M : Merci à vous. Bonne continuation.

M.S : À bientôt !

Melody Schmaus, agence CAUSE

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