Ep.35 – Remporter le marché de la COP21 et fournir des gourdes aux 40 000 participants ? Fait ✅

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« A nous de jouer », de l’imagination à la conception d’un objet

Leur souhait, changer les habitudes des gens, créer un produit adapté à la vie quotidienne, made in France, accessible et simple d’utilisation.

Pour cela, ils ont pris le sujet avec beaucoup d’humilité et se sont tournés vers différents acteurs comme : 

  • Des sociologues pour travailler sur les freins à l’adoption des gourdes,
  • Des designers, et notamment l’agence MU pour travailler sur l’expérience sensorielle,
  • Des entreprises pour connaître leurs besoins et pouvoir situer l’utilité de leur produit.

Le choix du matériau plastique a été poussé par ces avis, mais il a aussi challengé la marque en termes d’éco-conception et d’évaluation d’impact. Le fait d’aller investiguer leur a aussi donné des impératifs de rigueur. 

Ils se sont ensuite développés en éco-conception préventive avec l’ADEME, cela a rallongé leur développement mais ils n’avaient de compte à rendre à personne (sauf à l’ADEME bien sûr). 

Concernant la fabrication, ça a été un sujet très complexe, surtout lorsqu’on décide de fabriquer son propre produit et donc d’avoir un design exclusif. Il faut arriver à trouver un partenaire industriel, trouver les moyens de fabriquer ce qu’ils veulent, convaincre avec un produit qui n’est pas dans l’air du temps.

Et puis, cela implique autant la marque que l’usine finalement. Il faut prototyper, faire des tests, investir dans des moules industriels (une dizaine de milliers d’euros) que l’usine devra ensuite adapter à sa presse, y consacrer du temps et prendre le risque d’avoir à faire des commandes plus larges que prévues. 

Ce sont des questions de logistiques et de produits lourds, surtout lorsqu’on décide de faire en local. Malgré tout, l’équipe s’est toujours accrochée et n’a rien lâché sur ce qu’elle avait décidé au départ.

Puis ils ont commencé par commercialiser leurs gourdes auprès des entreprises, donc en B2B pour permettre de limiter le nombre d’interlocuteurs tout en maximisant le nombre d’individus atteints.

Pour finir, il a aussi fallu trouver un nom à cet objet. L’équipe a souhaité qu’il soit personnifié pour un produit qu’on a envie d’emmener partout avec nous, donc Gobi (un petit gobelet mignon) paraissait être une évidence.

Une application de géolocalisation, comment ça marche concrètement ?

Pour aller encore plus loin, ils ont créé l’application FreeTaps qui géolocalise des fontaines à eau dans les villes pour que chaque utilisateur puisse remplir sa gourde n’importe où.

En 2022, il y aura l’obligation dans tous les lieux recevant du public d’avoir un point d’accès à l’eau. L’application de Gobi permet de localiser ces points pour aller y remplir sa gourde. Pour vous donner un ordre d’idée, Paris en compte 1 200 à ce jour.

Mais concrètement, comment ça se passe ?

Beaucoup de métropoles ont ouvert des big data. La marque peut aussi récupérer des points qui n’étaient pas en open data, mais qui sont présents dans plein d’applications.

C’est ainsi qu’ils arrivent à localiser les fontaines et permettre aux gens d’en ajouter sur la carte. Florence nous raconte que ce sont d’ailleurs souvent des associations de coureurs qui enregistrent les fontaines dans les villes. FreeTaps permet un partage de valeurs, crée du lien, est gratuite, accessible et facile.

Du concret, oui, mais comment le financer ?

Ils ont démarré l’activité avec un peu de love monnaie, environ 90 000€. Puis ils ont été accompagnés par l’ADEME sur l’éco-conception ce qui leur a permis d’avoir la confiance et l’aide de la région IDF sur le prototypage et l’outillage industriel. Ils sont ensuite passés par le réseau Scientipôle pour obtenir un prêt d’honneur. Ils ont enfin été incubés par l’incubateur Willa à Paris.

A l’époque, ils ont posé la question à un spécialiste du financement dilutif ou non, mais on leur a conseillé de ne pas se lancer, c’était trop tôt. En attendant, ils ont tous les 3 travaillé à côté le temps que l’activité commence à faire du chiffre d’affaires.

Mais c’est vraiment à partir du moment où ils ont fourni des gourdes pour tous les participants de la COP21 que ça a bien démarré.

Comment gérer une forte croissance ?

Il y a eu deux moments clés, deux opportunités qu’ils ont su saisir.

Ils ont été hyper participatifs sur le démarrage du projet de Gobi, ils ont demandé beaucoup de conseils à droite à gauche donc se sont fait connaître et ont surtout fait connaître la sincérité de leur démarche auprès des acteurs de la RSE.

En décembre 2014, ils ont reçu un mail du secrétariat général de la COP21 pour leur demander des infos, une grille tarifaire etc., puis ils ont signé en juillet 2015 pour fournir à toute l’assemblée des gourdes Gobi.

Initiée en 2021, la loi Anti-Gaspillage pour une Economie Circulaire interdit le jetable, et notamment la distribution gratuite de bouteilles en plastique. C’est une opportunité à laquelle ils ont contribué aussi à la base.

Les premières années avec Gobi n’étaient pas faciles, le sujet n’était pas mature. Mais c’est surtout à partir de 2018 que ça a très bien marché, ils ont même eu 120% de croissance en 2019 ! Ce qu’ils en retiennent c’est que, quand ça rame, c’est difficile, mais quand le succès arrive d’un coup c’est tout aussi dur. Il a fallu tout transformer, inventer les process, imaginer les postes, recruter, investir, travailler sur la marque…

Une identité de marque en perpétuelle évolution

Ils ont travaillé avec une directrice de création qui est spécialisée dans les identités de marque. Ils ont travaillé avec Agnes Mazieres qui a pu poser les fondamentaux pour eux.

Mais sur tout ce qui concerne la marque, c’est très évolutif, ça se construit toujours.

Ce qu’ils ont compris au fil de ces années, c’est que la marque s’incarne énormément dans les visuels. Leur identité se veut plutôt pop, populaire, urbain et joyeux. Ils ont voulu sortir du cliché « green » pour avoir une identité très marquée.

Mais leur difficulté principale porte sur les cibles très différentes : ONG, particuliers, entreprises, grandes, petites, secteur de la mode, du tourisme… Donc il est souvent difficile de trouver un ton adapté.

Pour répondre à cela, ils ne font pas de persona pour leur communication, mais ils se demandent toujours ce que chacun a en commun : c’est l’engagement, les valeurs, c’est pour le made in France, pour le côté social (produits conceptualisés en EZAT), pour la sincérité, le feeling.

Pourquoi mesurer son impact en amont ?

Ils voulaient aussi créer un produit qui a un impact concret et mesurable sur tout le développement du projet. Aujourd’hui, ils mesurent l’impact environnemental par l’évaluation environnementale en amont grâce à MU. Ils partent de données réelles, ont une approche multicritère qui permet à Gobi de se pencher sur tout le cycle de vie du produit. Le but est de savoir si le gain pour la planète est substantiel, si non, l’entreprise va pouvoir se remettre en question avant de se lancer. 

Ça a un autre avantage, c’est de voir directement quels sont les enjeux pour axer la réduction de l’impact. Dans le cas de Gobi, c’est cette évaluation qui les a amenés à conseiller leur usine partenaire vers une réduction de leur consommation d’énergie (en passant chez Enercoop). C’est un indicateur clé dans toute la fabrication du produit.

« Soyez sincères, et prenez du plaisir au quotidien. »

On arrive dans une ère où la sincérité, la transparence, la transmission d’informations claires, ainsi que leur compréhension, la fierté dans l’achat et dans l’utilisation de produits sont importants, donc soyez sincères.

Ecoutez votre boussole intérieure et restez à l’écoute. Amusez-vous dans votre travail, si quelque chose vous intéresse et vous donne envie, allez-y.

Une recommandation d’un autre acteur du monde de l’entreprise pour ce podcast

Un grand merci à Florence BAITINGER de GOBI. pour cette interview !